vendredi 25 janvier 2013

Le Placement Test


Avant de commencer les cours à proprement parler, il faut passer par l’étape du placement test, un simple contrôle supposé évaluer les nouveaux étudiants pour les répartir en classes de niveaux.

J’attendais cette épreuve depuis des mois. Je m’étais promis de réviser mon chinois de manière assidue pendant les vacances d’été. Et malgré mon stage, malgré mon entraînement intensif à l’auto-école, j’ai effectivement et avec toute la bonne volonté du monde fini par ouvrir un manuel de chinois pour réapprendre avec application à dire « bonjouuuuur, je m’aaa-ppelle Dawei ».

Dawei, c’est la transcription phonétique de David. Ouvrez n’importe quel manuel de chinois, N’IMPORTE LEQUEL, et vous verrez que le personnage principal du livre, c’est Dawei. Il est un peu LE spécialiste mondial de l’apprentissage du chinois, et accessoirement une sorte d’inside joke pour les apprenants, tout comme Mali (Mary), qui remplace épisodiquement Dawei pour des questions de parité.

Bref tout ça pour dire que je suis reparti du B-A-BA pour être sûr d’avoir les bases, tout en paniquant parce que zOMG ma deadline approchait et que je n’allais pas être prêt à temps et que j’allais me retrouver dans une classe de niveau négatif etc. etc.

C’est donc tout naturellement que le jour du test, j’avais révisé environ 5% de tout ce que j’avais appris en 3 ans au lycée.

J’arrive cependant dans la salle qui m’a été assignée et m’installe au milieu des asiatiques qui sont occupés à foisonner et à abonder un peu partout et ne me prêtent pas attention (à ce stade j’ai l’impression d’être le seul occidental de tout le programme).

Et là l’épreuve commence.

D’abord, une partie écrite où il faut écrire des caractères à partir de la phonétique ou inversement, répondre à des questions sur un texte, etc. Je fais ce que je peux et trace mes caractères avec mon écriture digne d’un petit chinois de moyenne section de maternelle, qui écrirait avec ses orteils, voire avec ses oreilles.

Ensuite, une partie "compréhension orale" que je décrirai à l’aide d’un exemple :

D’abord, lisez la question suivante :

Quand Dawei a-t-il joué au tennis ?

A. Lundi à 7 : 00
B. Mardi à 7 : 00
C. Lundi à 19 : 00
D. Vendredi à 5 : 00 

Ecoutez maintenant l’enregistrement suivant :

(Et là il est essentiel de préciser que l’enregistrement n’est pas du genre de ceux que j’écoutais au lycée, où ils parlent aussi lentement que s’ils s’adressaient à des pingouins séniles atteints de surdité. Non non, le rythme de cet enregistrement là est quasiment aussi rapide que si tu parlais à un chinois, et il faut savoir que les chinois ne font aucun effort quand ils te parlent, c’est-à-dire que pour eux soit tu es bilingue direct, soit tu ne sais pas parler et tu n’as qu’à rentrer dans ton pays sale laowai !).

Bref revenons à l’enregistrement :

« Mali a joué au tennis le vendredi à 5 : 00. Et Dawei ? Oh, il a joué deux jour avant son arrière-grand tante du côté maternel qui elle-même a joué un jour après Wang Laoshi. Et Wang Laoshi ? Oh, mais il a joué mardi à 7 : 00 bien sûr ! »

S’ensuit une pause de 0,4 secondes qui te laisse à peine le temps de computer tout ce que tu viens d’entendre (bien entendu tu t’es bêtement concentré sur la première phrase, la seule simple à comprendre, mais qui – manque de chance ! – concerne cette sale parvenue de Mali et non pas notre bien-aimé Dawei).

Je réponds donc à environ 20% des questions, en fonction de ce que je comprends mais aussi et surtout suivant le raisonnement suivant :


Au final j’ai eu 0 sur 500 en compréhension orale.

(Soit au-dessous d’un certain seuil ils ne comptabilisent même pas, soit il y avait des points négatifs. Dans tous les cas, vous pouvez vous prosterner devant ma nullité).

Pas que ça soit d’une importance quelconque au final puisqu’entre les deux tests je dois remplir un formulaire pour expliquer combien de temps j’ai étudié le chinois et auto-estimer mon niveau. Dans deux-trois salles bondées sont exposés les manuels utilisés par les différentes classes, et tous les futurs élèves doivent donc se frayer un passage dans la foule pour les consulter à la pause. Après quelques minutes de feuilletage effréné, je reviens à mon formulaire pris d’un grand doute.

Bon, déjà, mettons de côté le fait qu’après 3 ans de chinois je n’atteins même pas les classes « intermediary ».

Mais en plus j’hésite entre elementary 2 (donc juste au dessus des elementary 1, ces gros bouseux de débutants) dont je comprends le livre, ou pre-intermediate dont je ne comprends pas trop trop le livre mais qui est juste mieux côté self-estim.

Après un débat intérieur mouvementé, la mort dans l’âme, alors que le ciel s’assombrit, j’abats tristement mon stylo, comme la lame d’une guillotine, sur la case « elementary 2 », tandis qu’en fond sonore résonnent mille sanglots lointains et un interminable coup de tonnerre (j’essaie de vous mettre dans l’ambiance, c’est pas facile).




Car c’est bien cette case qui allait déterminer le niveau dans lequel j’allais être catapulté…

Le premier qui relève que j’avais promis de raconter le début des cours et que je ne l’ai pas vraiment fait est un méchant ! Oui, UN MECHANT !

lundi 14 janvier 2013

Fourre-tout


Un nouvel article ! Youpi ! C’est la fête !!

Oui mais c’est un article de remplissage.

Je ne vous souhaite d’ailleurs pas une bonne année, car ça ne ferait que souligner le fait que nous sommes en janvier et qu’en suis encore à relater les premiers jours de septembre.

Bon, reprenons : avant le début de cours, j’ai un peu l’impression de m’être catapulté sur une île déserte. Certes, il y a plein de gens, mais c’est des gens chinois. La plupart des étudiants étrangers ont été plus perspicaces que moi et ont compris qu’il ne sert à rien d’arriver plusieurs jours en avance.



Je fais donc très peu de rencontres et reste solitairement prostré dans ma chambre le plus clair de mon temps, branché sur Internet, à manger mes nouilles instantanées devant des séries américaines décérébrantes. J’effectue quand même quotidiennement un raid d’exploration du campus, poussant toujours plus loin les recherches. Quand je sors, j’observe que d’autres allochtones ont débarqué et galèrent comme moi à communiquer avec les Chinois.

Galère est bien le mot ! Prenons comme exemple le jour où je me suis décidé à aller acheter un vélo. Je m’étais préparé psychologiquement à marchander avec une détermination farouche pour obtenir un bon prix, voire à me battre à mort avec les vendeurs s’il le fallait.

Je me pointe donc un beau jour au petit magasin que j’avais repéré. Je demande au couple de propriétaire, dans mon chinois rudimentaire, s’ils ont des vélos à vendre, ce à quoi on me répond : « ouais, celui-là ».
Et là, comme je suis un faible et qu’en plus à l’époque le moindre mot en mandarin m’est difficile, tout s’enchaîne très vite :

« Quel prix ? Ah, OK. Je prends. Cadenas ? Quel prix ? Ah, OK. Je prends. Au revoir. »

(J’espère que vous avez pris note de mes supers techniques de marchandage).

Bien évidemment, comme on est en Chine, après avoir pédalé environ 34 secondes sur ma bicyclette (oui, je suis prêt à ressortir des mots désuets pour ne pas faire de répétitions), le guidon se dévisse à moitié et je suis obligé de le tenir perpendiculairement à la direction dans laquelle je me déplace.

Je retourne donc voir les vélo-tistes qui me réparent le tout en s’excusant, ce qui ne change rien au fait que mon vélo n’a ni panier, ni sonnette, ni vitesses, et qu’il pèse environ 62g tellement qu’il est fait en plastique, voire en mousse.

Depuis, j’ai effectivement fait quelques progrès (et je n’ai pas eu besoin de retourner au magasin ce qui relève du miracle, je dois faire partie du 1% d’élus ou quelque chose comme ça). Des progrès mesurables puisque je peux plus ou moins me faire comprendre, et il m’est même arrivé une fois de marchander des vêtements (le plus dur étant de savoir quel est le prix réel des marchandises chinoises). Désormais, je comprends le prix que m’annoncent les caissières au moins une fois sur deux (pour ma défense, leur articulation est proportionnelle à leur amabilité. Et sur une échelle de 0 à 10, je noterais leur amabilité à disons, hmm, -3).

Mais il y a une catégorie de Chinois avec laquelle toute communication reste impossible (enfin si, elle est possible mais unilatérale : je me fais comprendre mais je ne comprends rien). Une sorte de boss de fin de niveau si vous voulez, quasiment imbattable.

Ce boss, c’est le chauffeur de taxi.



Il faut savoir qu’à Beijing il y a ce qu’on appelle le « 儿化音 », ce que je traduirais à la louche par « accent du 儿 », sachant que ce caractère se prononce comme le « r » américain. Théoriquement, ça veut dire qu’à la fin de certains mots on rajoute un « r ». Une sorte de suffixe qui rend les choses plus euh… sympathique. On va dire ça.

Mais certains Pékinois sont carrément au niveau supérieur, c’est-à-dire qu’ils ont un dialecte complet basé exclusivement sur cette particularité de prononciation. Pour faire clair, ils parviennent à intercaler entre chaque son un bon gros « r », voire à prononcer simultanément « r » et tout autre son de la langue chinoise. Techniquement, ça signifie que les chauffeurs de taxis (et une bonne partie de la population pékinoise) parlent comme s’ils étaient à la fois en train d’aboyer, de manger des caramels mous et de se faire arracher une ou deux molaires.



Voilà la fin de cet article fourre-tout - mais réjouissez-vous : dans le prochain épisode... Le début des cours ! (non non, vous ne rêvez pas, et merci de ranger votre scepticisme !)

jeudi 20 décembre 2012

Pognon : suite et fin (enfin presque)


Aujourd’hui, en ces temps troublés de renouvellement de mon visa et alors que je sombre une fois de plus dans les affres de la bureaucratie, je fais l’effort de mettre fin au suspense insoutenable qui vous tenaille.

Ce mardi fatidique, en apprenant que ma carte ne marche pas, je réponds tout simplement : « OK, je reviens avec du cash alors. »

Car il me suffit d’aller retirer au distributeur…

…n’est-ce pas ?

Je me précipite donc à l’ATM le plus proche – quelques blocs plus loin – dans l’optique de le dévaliser. Comme la machine m’oppose cruellement un plafond de retrait, je dois empocher l’argent en plusieurs opérations distinctes : une fois, deux fois…

Et la BIM ! Fonds insuffisants. « Quelle est cette sorcellerie, pensé-je, cela ne se peut ! Moi, moi qui croule sous l’or ! » (Ah, voilà, j’en vois venir avec leurs sourire angélique et leurs « tu sais que tu as toujours été mon meilleur ami ? ». Premièrement quand je dis "crouler", c’est une énorme supertasse hyperbole, et surtout je suis un radin notoire.)

J'avais bien fait la démarche d'augmenter le plafond de retrait avant de quitter la France, mais apparemment il n'était pas encore assez haut. A ce jour je n'ai toujours pas très bien compris où j'en suis.

A ce stade là, c’est la panique totale, je ne sais pas comment je vais pouvoir payer le jour-même. Je décide donc d’aller ouvrir mon compte en banque à la Bank of China, formalité que j’avais soigneusement oublié de remplir jusque là, pour cause de procrastination aigue. En effet, me dis-je, avec un compte en banque, je peux transférer de l’argent en 24h environ, ce qui résout le problème.

Je m’adresse donc à un employé (en anglais bien sûr), qui me remet gentiment un formulaire à remplir.

Formulaire chinois, écrit en chinois, à remplir en chinois.

Je commence à déchiffrer, mais abandonne au bout de 10.2 secondes pour courir à ma chambre et traduire la feuille dans son intégralité, à tête reposée et à main armée (d’un dictionnaire).

Sauf qu’évidemment, pour que les banques acceptent de m’ouvrir leurs portes, il me faut un numéro de téléphone. Formalité qui – oh ! Quelle surprise – m’était également sortie de la tête. Je sprinte donc jusqu’au kiosque à journaux le plus proche pour acheter une carte SIM.


Par chance pour l’ignare que je suis, j’ai avec moi un petit livret d’accueil fourni le matin même, lors de l’inscription, qui me recommande chaudement un certain forfait. 

Devant moi, en train de parlementer avec le vendeur, se trouve un autre étranger, aidé de deux étudiants chinois – ou arnaqué avec leur complicité, c’est à voir. J’interromps leur laborieuse discussion et demande en chinois la carte que je veux, m’enquiers du prix et boucle la transaction en 15 secondes chrono.

Résultat : l’étranger croit que je suis parfaitement au fait des différentes options de télécommunications chinoises et me demande si je peux l’aider, ce à quoi je réponds : « non », avant de m’enfuir en courant (en vrai j’ai été légèrement plus poli, parce qu’en me prenant pour un connaisseur il avait flatté mon égo de sinisant débutant).

Je réapparais donc triomphant au seuil de la banque, le sourire aux lèvres, brandissant bien haut mon formulaire rempli et mon téléphone fonctionnel.

Mais je ne sais pas quoi en faire, moi, du formulaire. J’interroge donc une employée qui me rit au nez (minute éducative : le rire est parfois signe de gêne chez les Chinois) avant de me confier à des étudiantes qui passent par là et sont capables de parler anglais.
En fait je dois prendre un ticket et attendre mon tour.

J’attends dix minutes et, voyant la lenteur avec laquelle la horde de clients est prise en charge, je me lasse et décide de revenir deux heures plus tard.

Mais sur le chemin de ma chambre j’apprends que les transferts mettent en réalité non pas 24h pour arriver mais une dizaine de jours, ce qui rend complètement inutile la solution que je pensais avoir trouvée à mes problèmes de paiement.

Je rampe donc jusqu’à ma chambre, abattu, persuadé que Tsinghua va m’expulser et que je vais finir à la rue. Je lance des appels à l’aide à la France via Internet interposé, sauf que bien entendu, avec le décalage horaire mes sauveurs potentiels roupillent tous profondément. Je me vois obligé de me connecter sur le site de ma banque pour « tchater » avec une « conseillère » (c’est beau la technologie). Je lui demande donc de relever mon plafond de retrait hebdomadaire, avant de pouvoir finalement pleurnicher auprès de mes parents qui en remettent une couche auprès de mon établissement bancaire, au cas où.

Comme la manœuvre ne prend pas effet immédiatement, je retourne en tremblotant au guichet du pognon pour demander un délai un peu plus long. Une personne différente – plus jeune et parlant anglais – m’accueille et me dit : « ben oui, t’as qu’à revenir vendredi en fait ».


Conclusion : j'ai couru partout pour rien.

dimanche 2 décembre 2012

Tianxiang : le retour de la revanche

Cher lecteur, chère lecteuse, oui, je t’ai encore abandonné(e) deux longues semaines, ce qui fait de moi un être mauvais, maléfique même, du genre à faire cuire des chiots au four microonde. Mais la bonne nouvelle c’est que mon récit dépasse maintenant le cap du premier jour pour passer à celui de… mon inscription ! Maintenant on a seulement deux mois et demi de retard, je ne sais pas si tu mesures le progrès.

Le jour J, je me pointe donc au Foreign Student Office, armé de mon petit stylo, de mon dossier et de mes photos d’identité.
Sur les papiers d’admission il était écrit que j’avais besoin d’un porte-avion et demi de photos d’identité. J’avais donc fait l’immense effort d’aller dans une boutique chinoise pour m’en faire faire, ce qui n’avait pas été une mince affaire : la photographe me disait de tourner la tête à gauche ou à droite, mais comme je n’avais pas encore appris quel mot voulait dire gauche et quel mot voulait dire droite, je me tournais systématiquement dans la mauvaise direction. Au final elle a été obligée de déplacer son appareil pour que je sois bien de face.

Bref, je me présente à l’inscription avec des photos sur lesquelles je ressemble à un mix entre un Quasimodo sociopathe et un pingouin assoiffé de sang.

Au final, il ne faut bien évidemment que 4 ou 5 clichés, je n’ai donc pas besoin de fournir ces portraits dignes d’un film d’horreur à ma nouvelle université.

Même si j’arrive aux premières lueurs de l’aube, la queue est déjà longue pour s’inscrire. On me tend une feuille expliquant la marche à suivre à chaque bureau.

Je dois en premier lieu remplir un formulaire, ce que je m’empresse de faire avec mon petit stylo (haha, je me félicite de ma prévoyance), avant de doubler tout le monde dans la queue (j’ai pas fait exprès)(c’est vrai).

Et là SURPRISE ! On me dit qu’il fallait utiliser leurs stylos fournis sinon ça marche pas. Je ne comprends pas trop leur racisme styloïque mais bon, je me plie lâchement à leur idéologie.

Je dois donc repasser avec leur stylo tout ce que j’ai écrit, sous le regard plus ou moins ultra-méga-furax de ceux que j’ai doublé et qui aimeraient bien m’égorger.

Après avoir rempli ces quelques formalités vient le moment d’aller au Bureau Du Pognon pour payer.

Et là la vieille mégère me rend ma carte bancaire en m’annonçant quelque chose du genre : 这张卡不行 (autrement dit : « elle marche pas ta carte mon coco »).


Dans le prochain épisode, vous découvrirez ce qui arrive à Tianxiang, qui ne peut payer sa scolarité. Sera-t-il jeté à la rue ? Deviendra-t-il clochard sur la place Tiananmen ? Ou bien continuera-t-il à faire des cliffhangers de malaaade ?

mardi 13 novembre 2012

Tianxiang : le retour

Me voilà de retour avec un nouvel article ! Je sais que ces deux semaines ont été dures pour toi, cher lecteur. « Mais que lui est-il arrivé ensuite ? », t’es-tu constamment demandé, anxieux, tremblotant, en manque de chinoiserie littéraire depuis que ma plume s’est tarie. 

Ouais bah j’avais des exams, alors on s’calme hein.

Bon, puisqu’on me réclame photos à cors et à cris, je me vois dans l’obligation de vous jeter en pâture quelques clichés de mon université, capturés pour la plupart le lendemain de mon arrivée, au cours d’une longue exploration du campus.

Le problème c’est que j’ai tout photographié avec mon portable. Je juge donc essentiel d’améliorer grandement la qualité de mes clichés à l’aide de cette merveille de technologie qu’est Instagram.
J’ai envie de dire, #hipster #tavu #loltrofou.

Voilà grosso modo la boucle que j’ai faite lors de ce premier périple d’un peu plus d’une heure.


Et là tu te dis, scandalisé : « quouâ, une heure seulement, mais c’est rien, c’est pas un périple ça, t’as bientôt fini de tout exagérer, vieux ciel pro-pisse ?! ».

Ce à quoi je réponds : « alors déjà c’est propice (petit malotru), et ensuite j’aimerais bien savoir le nombre de campus universitaires en France suffisamment grands pour qu’en une heure on n’en puisse même pas parcourir le quart. »

La première chose frappante c’est que le campus est un étrange mélange d’immeubles d’habitation, de bâtiments de cours, de commerces quelconques et de terrains vagues ou vaguement vagues.

En fait il est tout à fait possible de tomber au détour de l’école de design et d’architecture sur une espèce de hutong version quasi-bidonville. Ce qui permet d’entrevoir la réalité complexe de la Chine : c’est un pays en développement ultrarapide certes, mais pas encore un pays développé (comme un illustre géopolitologue l’aurait dit, « ce n’est pas l’Afrique mais presque » - inutile de googler cette citation, la référence n’est compréhensible que par une partie de la Belgique).

Un élément qui m’a assez marqué, c’est les espèces de machines bariolées dans la rue, qui ressemblent à première vue à des jeux pour enfants, mais qui sont en fait des jeux pour vieux des machines de muscu ou tout du moins d’exercice physique, donc les petits vieux raffolent. De manière générale, on dirait que les Chinois ont mieux compris que nous l’importance de conserver un corps en bonne santé. A vrai dire, je suis à peu près sûr que les petites mémés de 90 ans me battent à la course à pied, mais bon.

A la base j’étais supposé dessiner ces fameuses machines (faute de les prendre en photo à chaque fois que je passe devant), mais comme c’est trop compliqué, j’ai dessiné une carotte à la place :


Voilà, après ce gracieux tubercule et surtout après t’avoir fait mariner 2 mois, voici enfin des PHOTOS :




Là t’as vu, c’est le bâtiment principal de Tsinghua #lol #énorme. Dans un style architectural qui évoque assez fortement la Russie soviétique et la grâce d’une vache en bêton armé. Pourtant, l’intérieur est beau et neuf, tout en marbre luisant.










Là t’as vu, on passe d’un seul coup à une architecture qui selon moi tente d’imiter le style occidental pour se donner un petit côté Harvard #tropstylé #i<3NewYork #lol.








Là, c’est la nouvelle bibliothèque (je crois), un chouya géante, en mode « je sais pas si t’as vu, mais on a du fric ». Accessoirement, la photo est penchée parce qu’apparemment mon QI n’est pas suffisant pour tenir mon portable perpendiculairement au sol.







Tsinghua a aussi des coins de promenade sympa, avec des lacs et des arbres. Et des statues. A vrai dire, le campus est parsemé de statue, genre une tous les 10m². A croire que le moins cher ici, c’est pas les vêtements contrefaits et les DVD pirates, mais les sculpteurs. Pourtant elles sont plutôt pas mal (surtout pour de l’art moderne).







En cadeau, une photo prise récemment, pour montrer que c’est l’automne !


PS : Oui, ce blog est supposé être illustré avec autre chose que des carottes. Je vais essayer d’être moins feignasse la prochaine fois. Tu voudras quoi dans ton panier de légumes ?

vendredi 26 octobre 2012

Premières impressions

Rien d’étonnant, mais mes premières impressions ne reflètent pas la réalité du campus et de l’université en général.

Après avoir revêtu un ensemble short-tongs-pas-chemise-à-fleurs-quand-même-mais-presque, je suis parti en exploration sans plus attendre.

Avant de quitter la France, j’avais eu la bonne idée de télécharger Osmand sur mon téléphone. Application géniale (même si les graphismes sont dignes d’un daltonien, voire des années 1990), qui me permet d’accéder gratuitement et hors ligne aux cartes détaillées de toutes les grandes villes de Chine.

Et au moment-même où j’ai mis un bout d’orteil dehors, j’en ai eu besoin. Parce que les campus chinois, en vrai, c’est pas de la gnognotte – sans compter que Tsinghua a probablement le plus grand campus de tout Beijing.

Pour vous donner une petite idée, voici la carte du campus telle que je l’avais longtemps étudiée avant mon départ (clique si tu veux, t'es pas obligé hein).






Maintenant ce petit carré vert là,




Ben c’est 14 terrains de tennis.

Voili voilou.

Mis à part les problèmes d’échelle (qui se résolvent un peu quand on a un vélo), autre petit détail surprenant : tous les étudiants en uniforme militaire, alignés dans la rue sans qu’une oreille ne dépasse, qui se mettent soudainement à marcher au pas en hurlant « 一,二,三,四 ,一,二,三, 四 … ». La première fois  j’ai changé de trottoir en craignant qu’ils ne me tirent dessus pour délit d’occidentalisme, mais en fait j’ai rapidement réalisé qu’en guise d’armes à feu ils avaient tous leurs gourdes de thé Hello Kitty (bon en vrai j’ai pas vu de Hello Kitty mais vous admettrez que les petites gourdes de thé glacé ça atténue légèrement l’image guerrière quand même).


(Malheureusement j'ai pas pris de photo. Oui, en Chine, les filles se tiennent souvent la main, c'est véridique.)

Pendant près d’une semaine j’ai cru que c’était l’uniforme de l’université et qu’ils gueuleraient sous ma fenêtre tous les jours en faisant leurs exercices quotidiens, mais en fait au bout d’une dizaine de jours toutes les tenues camouflages ont disparu du campus.

En fait c’est une sorte de formation de deux semaines à deux mois (selon les universités) que tous les étudiants suivent une fois dans leur scolarité, pour leur apprendre à être réactifs, à obéir aux ordres, à marcher au pas etc. Voilà. Estimez-vous heureux d’avoir l’explication tout de suite, j’ai mis un mois et demi à élucider le mystère.

Lors de mon premier jour d’exploration, après m’être perdu et juste avant d’abandonner les recherches, j’ai quand même réussi à trouver le supermarché qui se trouve au sous-sol du bâtiment dans lequel j’ai cours (mais ça, je ne le savais pas encore).

La première fois que j’y ai mis les pieds, j’ai été émerveillé par l’étrangeté et l’exotisme des produits que j’y ai trouvé, j’ai déchiffré laborieusement les caractères présents sur les emballages, je me suis perdu dans les rayons…

Maintenant je suis blasé. Des biscuits parfum chocolat-poulet ? Normal.

C'est grâce à ce supermarché que j'ai pu survivre aux premiers jours, en me nourrissant de nouilles instantanées matin, midi et soir (bon ok, pas matin).

Bien sûr, mon exploration ne s'est pas arrêtée là, mais ceci est une autre histoire un autre article.

dimanche 21 octobre 2012

Bon OK, c'est pas tout à fait comme chez toi...

Comme je l'ai dit, mon sommeil est en grande partie conditionné par les horaires de l'eau chaude. Mais le facteur principal est tout de même le lit. Il faut savoir que les Chinois ont une conception un peu particulière du sommier. A la souplesse des lattes multiples, ils préfèrent la brave robustesse de la bonne vieille latte unique.

En gros je dors sur une planche de bois.

Bon allez, je suis médisant, la planche est recouverte par deux super "matelas" d'environ 2 centimètres d'épaisseur chacun.

(Je mets une photo pour prouver que c'est véridique)(clique).

Le plus dingue c'est que, pour être honnête, on dort super bien sur ce truc (à condition d'éviter certaines positions, histoire de pas se réveiller avec une ou deux côtes brisées).

Vous pouvez remarquer sur la photo une mystérieuse invention de couleur bleue qui n'est autre qu'un crochet fabriqué avec un bout de ficelle, auquel je pends mes lunettes, faute de table de nuit.

Je sais que des ingénieurs de la NASA lisent mon blog (ça ne saurait tarder en tout cas), et qu'ils sont impressionnés par un tel niveau de technicité. Écoutez, je ne suis pas intéressé par un poste pour l'instant, mais en fonction du salaire proposé je suis prêt à discuter.

Vous remarquerez aussi que j'ai gardé le masque de sommeil de l'avion, parce que mes rideaux laissent passer 99,9% de la lumière du matin (sachant que le soleil se couche à 17h30 ici, je vous laisse deviner à quelle heure il se lève, le fourbe).

Au niveau de la "cuisine", seules 3 choses m'ont été fournies : une bouilloire électrique, un évier (eau froide) et un espace de travail de 4 millimètres carrés, c'est-à-dire le top du top pour se faire à manger et faire la vaisselle.

Les premiers jours, je me suis nourri exclusivement de nouilles instantanées, vu que c'était la seule chose que je pouvais cuisiner dans ces conditions. Et puis au bout de quelques jours (genre... quinze...) j'ai fait une overdose, je me suis équipé convenablement et j'ai testé les diverses cantines du campus.

On peut voir sur les différentes photos que tous les meubles sont équipés d'emplacements à cadenas. C'est parce que le ménage est fait tous les deux jours. C'est-à-dire qu'un jour sur deux, deux chinoises errent dans le couloir dès 8h du matin en mode Sheldon (de The Big Bang Theory). Si tu n'as pas mis ton petit écriteau "do not disturb" à ta porte, elles frappent trois coups, gueulent un truc du genre "room service" (en chinois), refrappent, regueulent, avant de débarquer dans ta chambre. Évidemment elles hurlent suffisamment fort pour te réveiller à chaque chambre qu'elles font. Et quand je dis "faire une chambre", ça veut dire qu'elles viennent verser un seau d'eau sur le sol, puis passer un coup de balai humide et noir de crasse en évitant soigneusement de nettoyer les coins et les tâches.

Mais bon je vais pas me plaindre (mince, trop tard !). Le bon côté des choses c'est qu'un jour sur deux je dois leur préparer le terrain, ce qui m'oblige à ranger et à nettoyer ce qu'elles ne nettoient pas (c'est-à-dire quasiment tout).

A titre d'information, pour ce logement je paie 80RMB par jour (plus ou moins 10€). Les étudiants chinois sur le campus paient 10 à 20 fois moins cher, mais leurs chambres ne sont bien sûr pas du tout au même standard.




 Le tour du propriétaire est enfin terminé ! Je sais que certains trépignent d'impatience en attendant des photos intéressantes du campus et plus généralement de Beijing. Ça arrive bientôt ! Dans peut-être 5 ou 10 articles ? 

Spéciale cassdédie à Roxane pour avoir posté le premier commentaire sur ce blog (non, t'as rien gagné, déso).