mardi 9 avril 2013

Mes profs (fall semester) - part 2

Je ne commenterai pas le fait que cet article ait été écrit dans son intégralité il y a environ 2 mois, et que mon énorme retard est entièrement dû à ma tendance à repousser chaque jour un peu plus la date à laquelle je dois finir de l'illustrer et de le mettre en forme.

Après ce non-commentaire, poursuivons.








La prof de listening est la raison qui m’a fait rester dans ma classe au début du semestre, grâce à ses cours ou l’ennui n’avait tout simplement pas sa place. Si les exercices audio du livre étaient plutôt bons en eux-mêmes - malgré le concert de grésillements du CD - c’était bien elle qui donnait tout leur intérêt aux cours en occupant la quasi-totalité du temps de classe à parler au rythme de 10 mots/seconde. Chacune de ses leçons était passionnante et je n’ai probablement jamais été aussi attentif en cours de toute ma vie.

Mais voilà, à force de voir grossir et grossir cette jeune enseignante pourtant très soucieuse de son apparence, il a fallu se rendre à l’évidence : tôt ou tard, elle allait nous plaquer pour un maudit BAMBIN.

C’est ainsi qu’un peu plus d’un mois avant la fin des cours, elle fut remplacé par un jeune prof pas encore diplômé, tout droit sorti de la cambrousse du Shandong, comme il nous l’a longuement exposé lors de son premier cours, à grand renfort de photos qu’il avait prises des champs de céréales de son village natal, ainsi que des patates de son jardin potager.

C’est là que l’horreur a commencé. L’horreeeeeuuuuur !

Bon déjà, crime impardonnable, il n’arrêtait pas de me réprimander dès que j’ouvrais la bouche (du genre : « tu as pris mon stylo par erre… » « TIANXIANG Y FAUT PAS PARLER *clapement de mains* »). Pourquoi parlerais-je, me direz-vous ? Pourquoi parlerais-je, moi qui, autrefois, répondais sèchement « chut » à mon voisin dès qu’il m’adressait la parole pour ne pas perdre une miette de ce que disait la prof précédente ? Parce que le cours de ce nouveau professeur était MINABLE. MinaaaâAaahaable.

Je vous ai fait un petit tableau comparatif des méthodes utilisées par les deux enseignants.


Je conclurai en vous annonçant que j’ai trouvé un portrait de lui sur le web :

C’est donc très déçu que j’ai terminé mon semestre avec non plus 2 mais 1 seul bon cours sur 3. Et ce cours est le cours de…




Cette prof en revanche n’a fait que monter dans mon estime. Moi qui la trouvais au départ peu pédagogue (me fixant sur le fait qu’elle nous faisait prononcer en chœur nos réponses individuelles, forcément différentes les unes des autres, ce qui finissait souvent en eau de boudin tintamarresque), elle s’est en réalité avérée être une des meilleures profs que j’ai connues.

Agée d’à peine 23 ans (donc en dessous de la moyenne d’âge de la classe), elle a commencé, à partir de la seconde moitié du semestre, à venir jouer aux cartes ou au badminton avec nous, ainsi qu’à nous accompagner aux dîners de classe (fêtant même le nouvel an avec nous), et ce jusque dans les karaokés et dans les bars - ce qui suffisait largement à s’attirer la sympathie de la plupart de mes camarades. Mais là où je trouve qu’elle faisait très fort c’est que malgré cette proximité avec les étudiants, elle parvenait à maintenir toute notre attention pendant les cours grâce à ses méthodes d’enseignement irréprochables d’une part, et grâce à son humour et son dynamisme d’autre part.

Explications claires, exercices variés, mise en pratique permanente, tout était réuni pour rendre ses cours efficaces et intéressants.

Au lieu de demander « quiiiiii veut répondre, quiiiii ? » à l’instar de Professeur Vieille, elle nous désignait, ce qui en d’autres conditions auraient été un acte punitif d’une HORRIBLE cruauté, mais ne l’était pas parce que :

- Ses questions reprenaient le vocabulaire étudié mais portaient quasi-exclusivement sur les passionnants êtres humains que nous étions - surtout moi - et étaient donc relativement faciles à répondre puisqu’il suffisait de raconter sa vie au lieu de zieuter bêtement un texte à la recherche d’une phrase. Astuce qui lui permettait d’ailleurs de mieux nous connaître (et deux mois plus tard elle se souvenait toujours de nos réponses, par exemple du nom de notre animal de compagnie quand on avait 4 ans ou de notre goût pour le maïs cuit au BBQ*).

*exemples non véridiques

- Même si elle interrogeait les élèves à parts égales pour que chacun ait sa dose d’entraînement oral, elle nous scrutait de ses yeux lunettés de lynx myope pour repérer ceux qui avaient envie de répondre. Elle nous connaissait suffisamment pour détecter d’un simple échange de regard si nous avions quelque chose d’intéressant à dire (ou alors c’était un pur hasard à chaque fois mais comme elle est cool je lui prête volontiers ce superpouvoir).

- Quand on ne savait pas quoi répondre, quand notre chinois approximatif nous faisait dire des énormités ou quand on était tout simplement à côté de la plaque, elle trouvait toujours une blague pour faire rire la classe et épargner notre honneur avant de passer à quelqu’un d’autre.

En plus des cours habituels et des travaux de groupes ponctuels, nous avions parfois des exposés à faire ou encore des devoirs du type « allez interviewer un vendeur de vélos ».

Elle était tellement cool que lors de l’exposé « sondage de 5 chinois sur leurs passe-temps », n’ayant interrogé que 4 personnes, je n’ai pas hésite à sortir ce slide :


J’ai présenté ce 5e personnage comme « mon ami imaginaire », répondant au doux nom de « riche grenouille pigeon-rrrr ah » (transcription phonétique maison de « foie gras »), qui n’a pas de temps libre parce que son métier d’éleveur de chameau l’occupe 7 jours sur 7. Malheureusement personne n'a compris la blague.

Bref, c’était un véritable cours de speaking dans la mesure où on pratiquait constamment et sans crainte ; c’était notre alliée et c’est vers elle que nous nous dirigions pour écarter le flou laissé par Professeur Vieille dans les leçons de General Chinese. D'ailleurs, niveau flou, Professeur Vieille était presque une spécialiste mondiale, et notre prof de speaking bien-aimée avait fort à faire... Un peu comme dans Les Experts : Miami, quand ils doivent zoomer à 2360% pour distinguer le reflet du criminel dans la photo du bouton de manchette de la victime.

Et même si c'était notre amie, nous la respections beaucoup - sauf peut-être mon voisin de cours en rut qui multipliait les tentatives de drague toutes plus nulles les unes que les autres, et qui ne récoltait que les rires de la classe à chaque fois qu’il se faisait rembarrer par une vanne bien sentie.

Comme beaucoup de jeunes Chinois, son ambition est de quitter la Chine (phénomène intéressant par ailleurs), et elle est en bonne voie puisque l'an prochain, elle ira enseigner le mandarin dans le Michigan au sein du Confucius Institute. C'est tout ce qu'elle mérite : la réalisation de son rêve d'expatriation d'une part (parce qu'en tant que prof elle déchire sa race tavu), et l'exil au fin fond de la cambrousse américaine d'autre part (parce qu'aujourd'hui elle trouve des excuses pour ne pas revoir ceux d'entre nous qui sont restés au deuxième semestre).

Conclusion : n'ai-je pas pris suffisamment de retard ? Faut-il EN PLUS que je prenne le temps d'écrire une conclusion ? Je refuse.

mercredi 13 mars 2013

Mes profs (fall semester) - part 1


Bon… Le deuxième semestre commence déjà et j’ai à peine commencé à parler du premier… Que faire, réfléchissons…


Et bien oui, l’avantage c’est que je peux maintenant résumer dans cet article tout ce que j’ai eu à dire au fil du semestre précédent sur mes cours et mes professeurs, et conclure intelligemment avec tout le recul accumulé ! Qu’est-ce que je suis malin dis donc !

Comme je l’ai dit, une fois le nombre de mes camarades réduits à 8, j’ai un peu pris peur. D’abord parce que 8 c’est peu, mais aussi parce qu’après avoir étudié le chinois pendant trois ans au lycée, j’avais l’impression d’avoir un peu d’avance (genre trois ans quoi) sur le reste de la classe, qui pour la plupart n’avait jamais assisté à de véritables cours de chinois. Or ma théorie était la suivante : « pour être tiré vers l’avant, mieux vaut être dans une classe de haut niveau, quitte à être attaché par les pieds et traîné à terre par la tête du troupeau ».

Bien que mes camarades n’aient pas mis bien longtemps à me rattraper, niveau challenge, ça allait. Disons que mes notes dans chacune des matières ont été respectivement de 98%, 98% et 98%. Ce qui n’empêche pas que j’ai appris énormément de choses. En fait, ma réussite s’explique essentiellement par la méthode de travail EX-EM-PEU-LAIREUH que j’ai mise en place (oui je me la pète parce que contrairement à l’année dernière elle ne consiste pas à faire des pauses d’un quart d’heure entre chaque minute de travail).

Bon je n’ai rien inventé hein, je n’ai fait qu’utiliser un spaced repetition software qui répond au doux nom d’Anki.

Mais qu’est-ce qu’un spèïsse de répéticheune soafetouère, me demandez-vous ?

Et bien c’est un logiciel qui repose sur le principe scientifique prouvé selon lequel pour retenir une chose il faut la rabâcher jusqu’à ce qu’elle nous sorte par les yeux. Mais là où Anki devient génial c’est qu’il propose un rabâchage intelligent.

Voici comment se présente le logiciel.

Il te montre une « carte » avec par exemple un caractère chinois, ou un mot anglais à traduire, et ne donne la réponse que lorsqu’on appuie sur un bouton.

Mais en fonction de la difficulté qu’on éprouve à répondre, on peut appuyer sur plusieurs boutons qui ont les significations suivante :

Mais c’est trop izi loool ! -> Révision dans 4 mois.

Mais c’est trop izi ! ... Attends j’réfléchis… Mais vazy AT-TAN j’te dis, j’y suis presque, tu m’Ankiquines à la fin ! C’est bon j’ai trouvé… -> Révision dans 1 semaine.

AAaaarhh nooon pas encore, mais c’est quoi ce mot ?! Tuez-mooOôiiiii… -> Révision dans 5 minutes, et encore dans 5 minutes, et encore, et encore, jusqu’à mémorisation du mot ou internement en hôpital psychiatrique.

En appliquant cette méthode d'intervalles à durées variables, au moment où ton cerveau s’apprête à oublier quelque chose, BAM tu le choppes en flagrant délit et tu lui hurles dessus « non non, tu retiens ! », ce qui s’avère plutôt efficace (haha, ça lui apprendra, non mais).

En revanche c’est un chouya rébarbatif et puis surtout, il faut bien passer une petite heure par jour à rentrer manuellement dans le logiciel tous les mots appris en cours.

Car ne l’oublions pas, je n’ai pas passé mon semestre à étudier en ermite dans ma grotte, j’ai bel et bien eu des cours qu’il convient maintenant de décrire.

Il faut savoir que les cours de chinois, d’après mon expérience, suivent tous un même modèle extrêmement standardisé : apprentissage du nouveau vocabulaire, lecture à haute voix du texte (en chœur comme des robots - c’est un peu la version vocale de la marche au pas), puis étude de la grammaire. Ensuite, les professeurs sont largement responsables de l’intérêt du cours, par la clarté de leurs explications, par la qualité de leurs supports de cours, et par les exercices et contrôles de connaissances qu’ils mettent en place.

Par exemple, la première prof que je vais vous décrire plus en profondeur, était, sur l’intégralité de ces points, nulle à chier.



S’il y a bien une prof sur laquelle mon opinion est restée à peu près constante au cours du semestre, c’est la prof de General Chinese. Cette chère Lu Laoshi (Professeur Lu), très vite surnommée Lao Laoshi (Professeur Vieille) par l’ensemble de ma classe, n’aura évolué qu’imperceptiblement dans mon estime, passant de « nulle » à « franchement nulle ».

Elle n’a pourtant pas fait preuve de l’autoritarisme dont je la soupçonnais au début, mais au contraire de méthodes pédagogiques vieillies et aussi inutiles à son autorité que le sont des ailes à l’envol d’une autruche.

Déjà, ne sachant pas expliquer, elle ne le faisait tout simplement pas, ce qui étant un tantinet problématique vu son métier. Son seul ressort était ses exemples, tous plus inutiles les uns que les autres puisqu’au lieu de développer ou de paraphraser leur sens à l’aide de synonymes, elle les déclinait à l’infini, du genre :

« J’ai *mot mystère* manger cette pomme. J’ai *mot mystère* boire cette bouteille. J’ai *mot mystère* lire ce livre. J’ai… »

Au final on ne savait toujours pas si le mot mystère voulait dire « fini de », « prévu de » ou « unilatéralement et anticonstitutionnellement prohibé sous peine de mort de », et on en était réduit à chercher dans le dictionnaire.

Précisons aussi qu’elle nous sortait toujours des exemples dénotant aussi bien sa niaiserie que son manque d’imagination (soit dit en passant, le dessin de la note précédente est 100% véridique, nous avons effectivement étudié ce mot et cette phrase précise lors du premier cours). Par exemple, chaque fois qu’elle voulait illustrer le point de grammaire « non seulement… mais aussi… », elle prenait la pose de Hamlet contemplant son crâne et déclamait : une pomme, on peut non seulement la manger mais aussi la REGARDER. Voilà. Donc pensez bien à admirer votre en-cas la prochaine fois que vous en croquerez une au goûter, sinon vous gaspillez inutilement une des deux fonctions premières de ce fruit merveilleux.

Il faut dire qu’elle n’était pas aidée par le manuel, incontestablement le moins bon des trois que nous utilisions. Il nous a quand même fallu apprendre le mot « poupée en forme de poisson », qui ne peut sans doute décrire qu’une seule chose au monde, donc voilà, si vous trouvez du vocabulaire plus inutile que ça faites-moi signe.


Une des mascottes des JO Beijing 2008, et accessoirement seule et unique application possible du mot "poupée en forme de poisson"

Plus intolérable encore était sa manie de poser des questions sans intérêt aucun, du type « il suffit de lire la phrase correspondante dans le texte». Elle tendait alors niaisement la main vers la classe en demandant dans le vide pendant 1 min 30 « qui peut répondre ? quiiiii ? ». Comme bien sûr personne ne voulait faire l’effort de réagir, elle en était contrainte à prendre des mesures désespérées comme :


1. M’interroger moi parce que mon gogol de voisin me pointait du doigt, hilare, en mode « lui ! lui ! Tianxiang il veut répondre ! »

2. nous poser la question immédiatement après que la classe ait lu la phrase correspondante dans le texte.

Exemple :

Nous : « Aujourd’hui Mali a invité Dawei au musée des Beaux Arts. Dawei aime le dessin parce que c’est joli. Il… »
Elle : « Ma question est : pourquoi Dawei aime-t-il le dessin ? »
Nous : « Da-wei ai-me le des-sin par-ce que c’est jo-li »
Elle : « Très bieeeen ! »

Comme si cela ne suffisait pas, elle s’acharnait à nous faire discuter par petits groupe de deux ou trois certaines questions - toujours dénuées d’intérêt - et en particulier sa célèbre interrogation 难不难, prononcée « n’âne pou n’ââââââne ?? », et qui signifie « c’est dur ou paaas ? ». En gros, après chaque exercice, on devait se demander : « alors, c’est dur ??? Ou pas ??? ». J’ai au fil du temps développé la théorie suivante : son anglais pourri et sa pédagogie médiocre l’empêchant d’expliquer quelque point de grammaire que ce soit par elle-même, elle nous faisait discuter de cette question pour que nous puissions éclaircir nos doutes entre nous. En cours, il nous arrivait effectivement que nous finissions par la couper pour expliquer en anglais à un camarade en difficulté une nuance de langage qui lui échappait, ce à quoi elle ne pouvait répondre que par « merci », ce qui est quand même le comble de l’impuissance, et me pousse à questionner le bienfondé de son choix de carrière.

Je dis ça sans méchanceté, car elle était dans le fond bien gentille. A Noël, elle était venue enroulée dans une écharpe bicolore rouge-bleue hideuse avec des petits rennes (peut-être tricotée par ses soins), et nous avait chanté une chanson chinoise – sans oublier de mimer les paroles en mode « je regarde au loin » ou encore « je m’envole ». Je ne lui souhaite donc qu’une chose : une retraite heureuse, mais prochaine.



J'avoue que j'ai un peu exagéré avec le double menton, mais c'est par pure vengeance. Quand je l'ai recroisée la semaine dernière, et même si nous nous bloquions le passage mutuellement, elle a fait semblant de ne pas me voir. Alors même qu'elle a offert des chocolats à mon ami japonais du semestre précédent.


Il a toujours été son chouchou de toute façon. Sans doute depuis le jour où l'intégralité de la classe a décidé de sécher et s'est éclipsée après le cours de speaking, à l'exception de ce bon vieux camarade nippon qui a eu droit à un cours en tête à tête - quel veinard dis donc.

Les autres professeurs feront l'objet du prochain article !

jeudi 21 février 2013

Le début des cours

Voilà comment cet article était supposé commencer :


C’est dans l’urgence la plus absolue que j’écris cette article, tout simplement… parce qu’il… faut… que… je poste… avant la fin du mois de janvier. Histoire de redépasser la barre des 2 articles par mois. J’en viens sérieusement à me demander si je ne me dopais pas en octobre. 7 articles ? Vraiment ?


Comme vous pouvez le constater, j’ai échoué ultralamentablement. Ce qui démontre bien quelque chose :

NON PAS le fait que je sois une grosse flemmasse (m’enfin !) MAIS BIEN le fait que chacun de mes articles demande énormément de travail. Vous croyez que je fais naturellement preuve d’humour ? Mais enfin, en vrai vous savez bien je suis ennuyeux à pleurer. Il me faut des semaines de brainstorming, des jours entiers de réécritures successives et plusieurs heures de dessin pour arriver à vous fournir cinq minutes de lecture ! C’est le prix à payer pour pondre des articles dignes de vos yeux quasi-divins (et surtout parce que si la qualité de ce que j'écris était ne serait-ce que deux fois moins élevée, la plupart d’entre vous ne viendraient jamais me lire, je vous connais !).

Bref, reprenons notre merveilleuse histoire.

Le lundi 10 septembre à l’aube (oui, je raconte le 10 septembre, je sais que je suis en retard ok ?), je suis supposé pouvoir me connecter sur l’intranet de Tsinghua afin de consulter mes résultats et connaître ma classe !

Il convient de noter qu’à ce moment, je n’ai toujours pas payé l’université. En effet, à cause des plafonds qui me sont imposés, je retire mes frais de scolarité petit à petit et accumule progressivement une liasse de billets digne d’un braqueur de banque. Mais le vendredi où je suis supposé retourner au bureau du pognon, il me manque, disons, 1 billet de 100 RMB, sur les 12 900 RMB que coûte le semestre, ce qui n’est pas frustrant du tout, j’ai simplement envie de donner des coups de hache amicaux à mon pote l’ATM.

Bien sûr, si j’avais une bonne mémoire, je me serais rappelé qu’immédiatement après être arrivé en Chine j’avais planqué un peu d’argent dans ma chambre, et j’aurais donc pu payer quand même. Mais vu que l’état de mon cerveau est approximativement celui d’une truite atteinte d’Alzheimer, je passe tout mon week-end à m’étouffer de rage sur mes nouilles instantanées (oui, encore, il faut bien que j’économise pour pouvoir payer).

Faisant abstraction de ce détail pécuniaire, je me réveille survolté en ce matin de septembre et allume mon ordinateur, qui m’annonce fièrement : « nan mais t’as pas payé mon coco, si tu veux avoir une classe viens nous voir au bureau fissa ! ».

Je file donc au bureau du language program, persuadé qu’on va me renvoyer dans le premier avion pour la France, dans la soute, avec une étiquette « hors-la-loi non-payeur de frais de scolarité » collée sur le front. On m’y annonce en fait qu’il faut juste que j’aille payer si je veux qu’on mette fin au suspense insoutenable qui me tenaille.


Je retire donc les 100 RMB manquants et vais ENFIN remettre ma liasse de gangster à la mégère du bureau du pognon. En revenant au language program, on met fin à la rétention d’information dont je suis l'innocente victime en m’écrivant ma classe sur un bout de papier : Elementary 2 (exactement la case que j'avais cochée, rappelez-vous), classe B, l’après-midi (à Tinsghua on a cours soit le matin de 8 à 11h40, soit l’après-midi de 13 à 16h40, et ce 5 jours par semaine).

Je vais donc.

Enfin.

Parler de mes profs.









En Elementary 2, on a 3 cours : listening, speaking, et general chinese.





Mon premier cours est listening. Je m’assois gentiment à côté d’un Américain sympa, attends sagement le début du cours et là BAM la prof débarque et se met à nous parler à un rythme quasi-conversationnel, ce qui pour des élèves de notre niveau revient plus ou moins à nous faire imploser les oreilles par surcharge auditive. Malgré tout, une fois passé le choc de départ, et au prix d’une concentration extrême voire surhumaine, je comprends à peu près 70% de ce que l’enseignante dit et me rassure donc.

Mais là, c’est le drame : en guise d’entraînement, nous écoutons un CD infâme dont l’audio est  si indistinct qu’on dirait qu’on a immergé le poste de radio dans un bac d’eau histoire de lui apprendre à nager (pourquoi pas après tout, ça peut servir). Résultat : 3/10 à l’exercice de compréhension. La prof en rajoute en assénant : « si vous connaissez à peu près 70% des mots nouveaux du livre, c’est bien, en dessous il faut descendre d’une classe, au-dessus il faut monter. »

Car oui, enfin non, les classes ne sont pas définitives, nous avons jusqu’au jeudi pour tester différentes classes et choisir celle qui nous ira comme un gant de poisson dans l’eau (il faut juste passer un mini-test si on veut monter de niveau).

Mais à ce stade-là, je me dis que le cours de listening a certes du challenge, mais me laisse une marge de progression. Et je reste dans ma classe.

Le cours de speaking, en revanche, n’est pas du tout pareil !

Ma première impression, c’est que la prof parle très lentement, un peu comme si on était des autruches perturbées, et la leçon me parait beaucoup moins dynamique, malgré les petites blaguounettes de la jeune enseignante. Dans l’ensemble, le cours est bon, mais un doute pernicieux s’installe en moi.





Le mercredi matin, je teste donc sans conviction une autre classe Elementary 2, mais du matin, car je ne veux pas avoir cours l’après-midi (ce n’est pratique pour visiter Beijing, ce qui est un des mes objectifs principaux). Mais le cours s’avère trop facile et peu intéressant.

Je retourne donc dans ma classe d’origine l’après-midi et découvre ma troisième et dernière prof, la prof de general chinese. Et force est de constater qu’elle est assez assortie à sa matière : chiante.

Ses premiers mots sont : "boujour, je m’appelle Professeur Unetelle, alors on a quatre contrôles dans l’année, deux gros et deux petits, notés et coefficientés de la manière suivante…"

Et après nous avoir exposé en détails le déroulement des examens (ainsi que son irrémédiable psychorigidité), elle enchaîne sur un cours/powerpoint qu’elle déballe d’une voix monotone, et qui est sans doute le même depuis dix ans - ou trente ans même, car qui sait depuis combien de millénaires cette dinosauresse enseigne le chinois ?

Cette classe étant aussi quelque peu facile, je décide de poursuivre mes expérimentations classesques le lendemain matin.





Le jeudi, mon égo reboosté me prend donc par la main et m’entraîne avec enthousiasme dans une classe de pre-intermediate, où il est accueilli avec une baffe dans la gueule.

Clairement je ne comprends pas tout et je galère pour lire le manuel, ce qui ne serait pas dramatique en soi si les autres élèves n’avaient pas tous l’air d’être parfaitement à leur aise.

Je retourne donc dans ma classe et décide d’y poser mes fesses définitivement, plus ou moins sûr de mon choix (2 bonnes profs sur 3, me dis-je, c’est pas mal).

Jusqu’à ce que je découvre qu’en ce jeudi 13 septembre 2012, ma classe a été désertée : seuls 8 rescapés ont décidé de rester fidèles. Les autres, qui allaient et venaient d’une classe à l’autre, ont sans doute pris la fuite devant l’ennui mortel que représente la classe de general chinese.

Le problème, c’est qu’à ce moment là, techniquement je peux encore changer, mais vu que je n’ai pas trouvé de classe plus adaptée à mon niveau, je suis plus ou moins condamné à rester où je suis, ce à quoi je réponds en activant mon « mode tragique » (c’est-à-dire que je me déplace partout avec mon petit nuage pluvieux personnel au dessus de la tête et me plains 24h/24).

Il faut reconnaître que huit étudiants c’est peu, c’est vraiment très peu, moi qui rêvais de faire mille rencontres et de me confronter à des horizons différents. Au final le seul horizon que j’ai c’est le tableau de notre salle exiguë, puisqu’on a LA classroom la plus pourrie, avec les fenêtres dans le dos et la vue qui donne sur rien du tout. En bref, à ce moment j’ai l’impression de manquer de pot et je sens que ce semestre va être très différent de ce que j’ai pu imaginer.

Et en effet, il l’a été. Je n’ai pas changé de classe, mais aujourd’hui je réalise que c’est probablement une bonne chose. Je n’y ai effectivement pas rencontré beaucoup de monde, mais j’y ai sans doute rencontré les bonnes personnes.

Ce que j’expliquerai dans les prochains articles !

vendredi 25 janvier 2013

Le Placement Test


Avant de commencer les cours à proprement parler, il faut passer par l’étape du placement test, un simple contrôle supposé évaluer les nouveaux étudiants pour les répartir en classes de niveaux.

J’attendais cette épreuve depuis des mois. Je m’étais promis de réviser mon chinois de manière assidue pendant les vacances d’été. Et malgré mon stage, malgré mon entraînement intensif à l’auto-école, j’ai effectivement et avec toute la bonne volonté du monde fini par ouvrir un manuel de chinois pour réapprendre avec application à dire « bonjouuuuur, je m’aaa-ppelle Dawei ».

Dawei, c’est la transcription phonétique de David. Ouvrez n’importe quel manuel de chinois, N’IMPORTE LEQUEL, et vous verrez que le personnage principal du livre, c’est Dawei. Il est un peu LE spécialiste mondial de l’apprentissage du chinois, et accessoirement une sorte d’inside joke pour les apprenants, tout comme Mali (Mary), qui remplace épisodiquement Dawei pour des questions de parité.

Bref tout ça pour dire que je suis reparti du B-A-BA pour être sûr d’avoir les bases, tout en paniquant parce que zOMG ma deadline approchait et que je n’allais pas être prêt à temps et que j’allais me retrouver dans une classe de niveau négatif etc. etc.

C’est donc tout naturellement que le jour du test, j’avais révisé environ 5% de tout ce que j’avais appris en 3 ans au lycée.

J’arrive cependant dans la salle qui m’a été assignée et m’installe au milieu des asiatiques qui sont occupés à foisonner et à abonder un peu partout et ne me prêtent pas attention (à ce stade j’ai l’impression d’être le seul occidental de tout le programme).

Et là l’épreuve commence.

D’abord, une partie écrite où il faut écrire des caractères à partir de la phonétique ou inversement, répondre à des questions sur un texte, etc. Je fais ce que je peux et trace mes caractères avec mon écriture digne d’un petit chinois de moyenne section de maternelle, qui écrirait avec ses orteils, voire avec ses oreilles.

Ensuite, une partie "compréhension orale" que je décrirai à l’aide d’un exemple :

D’abord, lisez la question suivante :

Quand Dawei a-t-il joué au tennis ?

A. Lundi à 7 : 00
B. Mardi à 7 : 00
C. Lundi à 19 : 00
D. Vendredi à 5 : 00 

Ecoutez maintenant l’enregistrement suivant :

(Et là il est essentiel de préciser que l’enregistrement n’est pas du genre de ceux que j’écoutais au lycée, où ils parlent aussi lentement que s’ils s’adressaient à des pingouins séniles atteints de surdité. Non non, le rythme de cet enregistrement là est quasiment aussi rapide que si tu parlais à un chinois, et il faut savoir que les chinois ne font aucun effort quand ils te parlent, c’est-à-dire que pour eux soit tu es bilingue direct, soit tu ne sais pas parler et tu n’as qu’à rentrer dans ton pays sale laowai !).

Bref revenons à l’enregistrement :

« Mali a joué au tennis le vendredi à 5 : 00. Et Dawei ? Oh, il a joué deux jour avant son arrière-grand tante du côté maternel qui elle-même a joué un jour après Wang Laoshi. Et Wang Laoshi ? Oh, mais il a joué mardi à 7 : 00 bien sûr ! »

S’ensuit une pause de 0,4 secondes qui te laisse à peine le temps de computer tout ce que tu viens d’entendre (bien entendu tu t’es bêtement concentré sur la première phrase, la seule simple à comprendre, mais qui – manque de chance ! – concerne cette sale parvenue de Mali et non pas notre bien-aimé Dawei).

Je réponds donc à environ 20% des questions, en fonction de ce que je comprends mais aussi et surtout suivant le raisonnement suivant :


Au final j’ai eu 0 sur 500 en compréhension orale.

(Soit au-dessous d’un certain seuil ils ne comptabilisent même pas, soit il y avait des points négatifs. Dans tous les cas, vous pouvez vous prosterner devant ma nullité).

Pas que ça soit d’une importance quelconque au final puisqu’entre les deux tests je dois remplir un formulaire pour expliquer combien de temps j’ai étudié le chinois et auto-estimer mon niveau. Dans deux-trois salles bondées sont exposés les manuels utilisés par les différentes classes, et tous les futurs élèves doivent donc se frayer un passage dans la foule pour les consulter à la pause. Après quelques minutes de feuilletage effréné, je reviens à mon formulaire pris d’un grand doute.

Bon, déjà, mettons de côté le fait qu’après 3 ans de chinois je n’atteins même pas les classes « intermediary ».

Mais en plus j’hésite entre elementary 2 (donc juste au dessus des elementary 1, ces gros bouseux de débutants) dont je comprends le livre, ou pre-intermediate dont je ne comprends pas trop trop le livre mais qui est juste mieux côté self-estim.

Après un débat intérieur mouvementé, la mort dans l’âme, alors que le ciel s’assombrit, j’abats tristement mon stylo, comme la lame d’une guillotine, sur la case « elementary 2 », tandis qu’en fond sonore résonnent mille sanglots lointains et un interminable coup de tonnerre (j’essaie de vous mettre dans l’ambiance, c’est pas facile).




Car c’est bien cette case qui allait déterminer le niveau dans lequel j’allais être catapulté…

Le premier qui relève que j’avais promis de raconter le début des cours et que je ne l’ai pas vraiment fait est un méchant ! Oui, UN MECHANT !

lundi 14 janvier 2013

Fourre-tout


Un nouvel article ! Youpi ! C’est la fête !!

Oui mais c’est un article de remplissage.

Je ne vous souhaite d’ailleurs pas une bonne année, car ça ne ferait que souligner le fait que nous sommes en janvier et qu’en suis encore à relater les premiers jours de septembre.

Bon, reprenons : avant le début de cours, j’ai un peu l’impression de m’être catapulté sur une île déserte. Certes, il y a plein de gens, mais c’est des gens chinois. La plupart des étudiants étrangers ont été plus perspicaces que moi et ont compris qu’il ne sert à rien d’arriver plusieurs jours en avance.



Je fais donc très peu de rencontres et reste solitairement prostré dans ma chambre le plus clair de mon temps, branché sur Internet, à manger mes nouilles instantanées devant des séries américaines décérébrantes. J’effectue quand même quotidiennement un raid d’exploration du campus, poussant toujours plus loin les recherches. Quand je sors, j’observe que d’autres allochtones ont débarqué et galèrent comme moi à communiquer avec les Chinois.

Galère est bien le mot ! Prenons comme exemple le jour où je me suis décidé à aller acheter un vélo. Je m’étais préparé psychologiquement à marchander avec une détermination farouche pour obtenir un bon prix, voire à me battre à mort avec les vendeurs s’il le fallait.

Je me pointe donc un beau jour au petit magasin que j’avais repéré. Je demande au couple de propriétaire, dans mon chinois rudimentaire, s’ils ont des vélos à vendre, ce à quoi on me répond : « ouais, celui-là ».
Et là, comme je suis un faible et qu’en plus à l’époque le moindre mot en mandarin m’est difficile, tout s’enchaîne très vite :

« Quel prix ? Ah, OK. Je prends. Cadenas ? Quel prix ? Ah, OK. Je prends. Au revoir. »

(J’espère que vous avez pris note de mes supers techniques de marchandage).

Bien évidemment, comme on est en Chine, après avoir pédalé environ 34 secondes sur ma bicyclette (oui, je suis prêt à ressortir des mots désuets pour ne pas faire de répétitions), le guidon se dévisse à moitié et je suis obligé de le tenir perpendiculairement à la direction dans laquelle je me déplace.

Je retourne donc voir les vélo-tistes qui me réparent le tout en s’excusant, ce qui ne change rien au fait que mon vélo n’a ni panier, ni sonnette, ni vitesses, et qu’il pèse environ 62g tellement qu’il est fait en plastique, voire en mousse.

Depuis, j’ai effectivement fait quelques progrès (et je n’ai pas eu besoin de retourner au magasin ce qui relève du miracle, je dois faire partie du 1% d’élus ou quelque chose comme ça). Des progrès mesurables puisque je peux plus ou moins me faire comprendre, et il m’est même arrivé une fois de marchander des vêtements (le plus dur étant de savoir quel est le prix réel des marchandises chinoises). Désormais, je comprends le prix que m’annoncent les caissières au moins une fois sur deux (pour ma défense, leur articulation est proportionnelle à leur amabilité. Et sur une échelle de 0 à 10, je noterais leur amabilité à disons, hmm, -3).

Mais il y a une catégorie de Chinois avec laquelle toute communication reste impossible (enfin si, elle est possible mais unilatérale : je me fais comprendre mais je ne comprends rien). Une sorte de boss de fin de niveau si vous voulez, quasiment imbattable.

Ce boss, c’est le chauffeur de taxi.



Il faut savoir qu’à Beijing il y a ce qu’on appelle le « 儿化音 », ce que je traduirais à la louche par « accent du  », sachant que ce caractère se prononce comme le « r » américain. Théoriquement, ça veut dire qu’à la fin de certains mots on rajoute un « r ». Une sorte de suffixe qui rend les choses plus euh… sympathique. On va dire ça.

Mais certains Pékinois sont carrément au niveau supérieur, c’est-à-dire qu’ils ont un dialecte complet basé exclusivement sur cette particularité de prononciation. Pour faire clair, ils parviennent à intercaler entre chaque son un bon gros « r », voire à prononcer simultanément « r » et tout autre son de la langue chinoise. Techniquement, ça signifie que les chauffeurs de taxis (et une bonne partie de la population pékinoise) parlent comme s’ils étaient à la fois en train d’aboyer, de manger des caramels mous et de se faire arracher une ou deux molaires.



Voilà la fin de cet article fourre-tout - mais réjouissez-vous : dans le prochain épisode... Le début des cours ! (non non, vous ne rêvez pas, et merci de ranger votre scepticisme !)

jeudi 20 décembre 2012

Pognon : suite et fin (enfin presque)


Aujourd’hui, en ces temps troublés de renouvellement de mon visa et alors que je sombre une fois de plus dans les affres de la bureaucratie, je fais l’effort de mettre fin au suspense insoutenable qui vous tenaille.

Ce mardi fatidique, en apprenant que ma carte ne marche pas, je réponds tout simplement : « OK, je reviens avec du cash alors. »

Car il me suffit d’aller retirer au distributeur…

…n’est-ce pas ?

Je me précipite donc à l’ATM le plus proche – quelques blocs plus loin – dans l’optique de le dévaliser. Comme la machine m’oppose cruellement un plafond de retrait, je dois empocher l’argent en plusieurs opérations distinctes : une fois, deux fois…

Et la BIM ! Fonds insuffisants. « Quelle est cette sorcellerie, pensé-je, cela ne se peut ! Moi, moi qui croule sous l’or ! » (Ah, voilà, j’en vois venir avec leurs sourire angélique et leurs « tu sais que tu as toujours été mon meilleur ami ? ». Premièrement quand je dis "crouler", c’est une énorme supertasse hyperbole, et surtout je suis un radin notoire.)

J'avais bien fait la démarche d'augmenter le plafond de retrait avant de quitter la France, mais apparemment il n'était pas encore assez haut. A ce jour je n'ai toujours pas très bien compris où j'en suis.

A ce stade là, c’est la panique totale, je ne sais pas comment je vais pouvoir payer le jour-même. Je décide donc d’aller ouvrir mon compte en banque à la Bank of China, formalité que j’avais soigneusement oublié de remplir jusque là, pour cause de procrastination aigue. En effet, me dis-je, avec un compte en banque, je peux transférer de l’argent en 24h environ, ce qui résout le problème.

Je m’adresse donc à un employé (en anglais bien sûr), qui me remet gentiment un formulaire à remplir.

Formulaire chinois, écrit en chinois, à remplir en chinois.

Je commence à déchiffrer, mais abandonne au bout de 10.2 secondes pour courir à ma chambre et traduire la feuille dans son intégralité, à tête reposée et à main armée (d’un dictionnaire).

Sauf qu’évidemment, pour que les banques acceptent de m’ouvrir leurs portes, il me faut un numéro de téléphone. Formalité qui – oh ! Quelle surprise – m’était également sortie de la tête. Je sprinte donc jusqu’au kiosque à journaux le plus proche pour acheter une carte SIM.


Par chance pour l’ignare que je suis, j’ai avec moi un petit livret d’accueil fourni le matin même, lors de l’inscription, qui me recommande chaudement un certain forfait. 

Devant moi, en train de parlementer avec le vendeur, se trouve un autre étranger, aidé de deux étudiants chinois – ou arnaqué avec leur complicité, c’est à voir. J’interromps leur laborieuse discussion et demande en chinois la carte que je veux, m’enquiers du prix et boucle la transaction en 15 secondes chrono.

Résultat : l’étranger croit que je suis parfaitement au fait des différentes options de télécommunications chinoises et me demande si je peux l’aider, ce à quoi je réponds : « non », avant de m’enfuir en courant (en vrai j’ai été légèrement plus poli, parce qu’en me prenant pour un connaisseur il avait flatté mon égo de sinisant débutant).

Je réapparais donc triomphant au seuil de la banque, le sourire aux lèvres, brandissant bien haut mon formulaire rempli et mon téléphone fonctionnel.

Mais je ne sais pas quoi en faire, moi, du formulaire. J’interroge donc une employée qui me rit au nez (minute éducative : le rire est parfois signe de gêne chez les Chinois) avant de me confier à des étudiantes qui passent par là et sont capables de parler anglais.
En fait je dois prendre un ticket et attendre mon tour.

J’attends dix minutes et, voyant la lenteur avec laquelle la horde de clients est prise en charge, je me lasse et décide de revenir deux heures plus tard.

Mais sur le chemin de ma chambre j’apprends que les transferts mettent en réalité non pas 24h pour arriver mais une dizaine de jours, ce qui rend complètement inutile la solution que je pensais avoir trouvée à mes problèmes de paiement.

Je rampe donc jusqu’à ma chambre, abattu, persuadé que Tsinghua va m’expulser et que je vais finir à la rue. Je lance des appels à l’aide à la France via Internet interposé, sauf que bien entendu, avec le décalage horaire mes sauveurs potentiels roupillent tous profondément. Je me vois obligé de me connecter sur le site de ma banque pour « tchater » avec une « conseillère » (c’est beau la technologie). Je lui demande donc de relever mon plafond de retrait hebdomadaire, avant de pouvoir finalement pleurnicher auprès de mes parents qui en remettent une couche auprès de mon établissement bancaire, au cas où.

Comme la manœuvre ne prend pas effet immédiatement, je retourne en tremblotant au guichet du pognon pour demander un délai un peu plus long. Une personne différente – plus jeune et parlant anglais – m’accueille et me dit : « ben oui, t’as qu’à revenir vendredi en fait ».


Conclusion : j'ai couru partout pour rien.

dimanche 2 décembre 2012

Tianxiang : le retour de la revanche

Cher lecteur, chère lecteuse, oui, je t’ai encore abandonné(e) deux longues semaines, ce qui fait de moi un être mauvais, maléfique même, du genre à faire cuire des chiots au four microonde. Mais la bonne nouvelle c’est que mon récit dépasse maintenant le cap du premier jour pour passer à celui de… mon inscription ! Maintenant on a seulement deux mois et demi de retard, je ne sais pas si tu mesures le progrès.

Le jour J, je me pointe donc au Foreign Student Office, armé de mon petit stylo, de mon dossier et de mes photos d’identité.
Sur les papiers d’admission il était écrit que j’avais besoin d’un porte-avion et demi de photos d’identité. J’avais donc fait l’immense effort d’aller dans une boutique chinoise pour m’en faire faire, ce qui n’avait pas été une mince affaire : la photographe me disait de tourner la tête à gauche ou à droite, mais comme je n’avais pas encore appris quel mot voulait dire gauche et quel mot voulait dire droite, je me tournais systématiquement dans la mauvaise direction. Au final elle a été obligée de déplacer son appareil pour que je sois bien de face.

Bref, je me présente à l’inscription avec des photos sur lesquelles je ressemble à un mix entre un Quasimodo sociopathe et un pingouin assoiffé de sang.

Au final, il ne faut bien évidemment que 4 ou 5 clichés, je n’ai donc pas besoin de fournir ces portraits dignes d’un film d’horreur à ma nouvelle université.

Même si j’arrive aux premières lueurs de l’aube, la queue est déjà longue pour s’inscrire. On me tend une feuille expliquant la marche à suivre à chaque bureau.

Je dois en premier lieu remplir un formulaire, ce que je m’empresse de faire avec mon petit stylo (haha, je me félicite de ma prévoyance), avant de doubler tout le monde dans la queue (j’ai pas fait exprès)(c’est vrai).

Et là SURPRISE ! On me dit qu’il fallait utiliser leurs stylos fournis sinon ça marche pas. Je ne comprends pas trop leur racisme styloïque mais bon, je me plie lâchement à leur idéologie.

Je dois donc repasser avec leur stylo tout ce que j’ai écrit, sous le regard plus ou moins ultra-méga-furax de ceux que j’ai doublé et qui aimeraient bien m’égorger.

Après avoir rempli ces quelques formalités vient le moment d’aller au Bureau Du Pognon pour payer.

Et là la vieille mégère me rend ma carte bancaire en m’annonçant quelque chose du genre : 这张卡不行 (autrement dit : « elle marche pas ta carte mon coco »).


Dans le prochain épisode, vous découvrirez ce qui arrive à Tianxiang, qui ne peut payer sa scolarité. Sera-t-il jeté à la rue ? Deviendra-t-il clochard sur la place Tiananmen ? Ou bien continuera-t-il à faire des cliffhangers de malaaade ?