mercredi 21 août 2013

Intermède taïwanais

Il convient déjà d’expliquer pourquoi mes vacances ont été consacrées au voyage plutôt qu’au déménagement. En effet, si vous vous rappelez bien, j’étais supposé faire mon second semestre à Shanghai, et donc passer mes vacances d’hiver à faire mes valises, sillonner la ville en quête d’appart’ et finaliser les démarches administratives type visa ou inscription universitaire.

Et bien j’ai tout simplement changé d’avis.

1 - D’une part, parce que les Français avec qui j’avais parlé de Shanghai, et notamment ma cousine (spéciale cassedédi si elle me lit toujours), m’avaient assuré que la ville était bien moins agréable et intéressante que Beijing. Bon, après avoir vu Shanghai de mes propres yeux, je pense que c’est une question de goût.

2 - D’autre part, à cause des tractations de certains de mes camarades à Tsinghua. Et notamment de l’Américain, qui réussissait à détourner la moindre conversation en l’orientant vers les monts et merveilles promis par Beijing pour le semestre suivant : météo clémente, vues superbissimes, activités foisonnantes, paix dans le monde et transformation de l’eau en Champomy (ce dernier miracle serait à peine surprenant vu le niveau de pollution de l’eau en Chine).

Et puis bon, pour être honnête, moi aussi j’avais plutôt envie de rester avec eux (ou tout du moins ceux d’entre eux qui ne partaient pas).

3 - Pour finir, parce que j’ai eu la flemme de bouger. S’inscrire à l’université JiaoTong de Shanghai, remplir l’équivalent en formulaires de douze ramettes de papier, déménager et chercher un appart’ en Chine par mes propres moyens, avec toutes les complications au niveau du visa que ça engendre, et surtout faire tout ça DANS LES TEMPS… Face à ces nombreuses tâches, j’ai suivi la démarche suivante :

Premièrement : prendre mon courage à deux mains.

Deuxièmement : le jeter à la poubelle.

Troisièmement : mettre mes pieds en éventail et profiter de mes vacances en me félicitant du temps et de l’énergie économisés.

Effectivement, en comparaison, les démarches à remplir pour continuer ma scolarité à Tsinghua étaient un jeu d’enfant : remplir un unique formulaire, payer (cette fois-ci j’avais prévu mon coup et commencé à accumuler du cash à l’avance, comme un écureuil cleptomane)… et renouveler mon visa.

Ce qui s’est avéré 1000 fois plus facile que ce que j’avais pu imaginer. Moi, je me voyais déjà prendre le train pour Hong-Kong afin d’y faire une demande de visa avant de pouvoir rentrer à nouveau dans le pays, ou bien me faire envoyer un passeport visaté depuis la France par mes parents (tavu l’avantage d’avoir deux passeports).

Au final je suis allé dans le Bureau Des Visas de Tsinghua, j’ai donné mon passeport et quelques billets et on m’a dit de revenir 15 jours plus tard.

Bon, j’exagère un peu, il y a quand même quelques détails auxquels j’ai dû faire attention :

Tout d’abord, le nombre d’entrées. Car si l’on veut, comme moi, entrer et sortir du pays pour des vacances ou des voyages, il faut que le visa le permette. J’ai donc dû demander de passer du visa F (business) à un visa X (d’étude), qui lui me permettait d’entrer et de sortir de la Chine comme d’un moulin et ainsi faire d’inonder le marché français de marchandises contrefaites. Ce que je n’ai pas fait, mais quand même.

Le souci, c’est que pour avoir un visa X, il faut faire des examens médicaux de toutes sortes, probablement histoire de ne pas contaminer le pays et son milliard d’habitants avec nos sales microbes d’étrangers. Examens à faire dans notre pays d’origine d’abord, pour qu’une fois arrivés sur le sol chinois, les autochtones nous assurent que les résultats ne sont pas valides/sont incomplets/ont été falsifiés par la CIA et les extraterrestres (rayez la mention inutile) – bref, tout pour nous faire refaire les tests dans leur hôpital « spécial étrangers » labellisée UsinàfricTM.

Déjà, il faut aller faire les examens le matin en semaine (à jeun), de préférence avant 9h histoire d’éviter le raz-de-marée humain, et retourner chercher les résultats quelques jours plus tard, l’après-midi en semaine. Donc dans mon cas sécher les cours – puisque j’avais cours l’après-midi – pour chercher un bout de papier bidon. Je ne pouvais pas attendre qu’il me soit livré par la poste car sans lui, je ne pouvais pas demander mon visa, or j’avais besoin de récupérer mon passeport avant de prendre mon avion pour Taiwan ! Mes jours étaient comptés, puisque je m’y suis évidemment pris à la bourre.

Par ailleurs, localiser cet hôpital relève du véritable parcours du combattant, et ce même à l’aide de la feuille d’indications fournie par Tsinghua. En effet, muni de ce satané papier, j’ai voulu prendre le métro puis le bus jusqu’au fin fond de la cambrousse pékinoise. Après avoir cherché l’arrêt de bus pendant une heure, demandé où il se trouvait à un taxi driver qui m’a aimablement répondu d’un signe de la main : « casse-toi, laowai », j’ai décidé de me mettre en route à pieds, en suivant le plan dessiné sur ma feuille d’indications. 2 heures plus tard, je me suis rendu compte qu’il était à l’échelle 1/douze milliards, et qu’il était donc parfaitement inutile à tout humain non coureur de marathon. J’ai donc dû me faire à l’idée que j’avais gâché une précieuse matinée, rebrousser chemin, rentrer chez moi furieux pour rechercher sur internet des informations fiables, et retenter l’expédition le lendemain.

Inutile de vous dire que le lendemain, j’ai pris le taxi.

Une fois arrivé, tu découvres que c’est un hôpital où tout est fait à la chaîne et où tu vas de bureau en bureau pour faire des tests à l’arrache :

- Un test de vue où ils te font lire des lettres au mur, sauf qu’ils te font lire seulement les grosses, qu’il n’y en a que deux différentes, et que tu gardes tes lunettes pendant le test ( ?) ;
- Une radio où tu te prends sans doute suffisamment d’ondes pour perdre 2 ans d’espérance de vie ;
- Un test où le médecin t’ausculte le cou pour savoir… ben je sais pas quoi en fait ;
- Etc.

Pour finir tu paies plein de pognon au guichet et quelques jours plus tard tu récupères ton papier où il est marqué qu’il n’y a pas de souci, même si tu as le SIDA, le cancer et la tuberculose, c’est pas très grave parce que tu as donné ton argent d’étranger à l’Etat chinois.

L’hôpital est non seulement une usine à fric mais aussi une usine à emplois : le jour où j’y suis allé les gens des guichets, complètement désœuvrés, blaguaient entre eux, et un garde, encore plus désœuvré, construisait le bonhomme de neige le plus laid que j’ai jamais vu sur une borne électrique.

Au retour, j’ai demandé l’arrêt de bus à une mémé qui a été assez gentille pour me répondre (quand on cherche son chemin, les mémés sont toujours une valeur sûre), et c’est ainsi que j’ai pu comprendre que l’arrêt de bus associé à la station de métro était planqué sous un pont (ah oui, malin…).


C’est ainsi que j’ai pu réunir toute la paperasse à temps pour renouveler mon visa, et ainsi partir à TAIWAN !

Pendant le long mois du winter break, rester à Tsinghua est le meilleur moyen de mourir d’ennui, tandis que rentrer dans son pays (quand on est Européen ou Américain tout du moins) est le meilleur moyen de faire banqueroute et d’être condamné à jouer de la scie musicale dans la rue pour se nourrir. En bref, la meilleure chose à faire pendant l’hiver, c’est de voyager.

Mais voyager où ? Certains Philippins m’avaient invité à venir avec eux à Harbin, la capitale glacée du nord, avec le Ice Festival et ses lumières dans la nuit. Sauf qu’ayant appris à Beijing ce que ça fait de vivre avec une température moyenne de -10°C, j’ai refusé TOUT NET d’aller dans l’enfer glacial de cette ville aberrante qu’est Harbin, avec ses -40°C et son danger permanent de perdre un nez ou un orteil dans la bataille contre le froid.

« Merde ! j’ai perdu ma deuxième narine » « Mais c’est beau quand même Jean-Pierre ! Moi je ne regrette pas d’avoir perdu mon auriculaire pour ça ! »

(Pleins d'autres photos de dingue ici)

Je voulais donc descendre dans le sud, là où il fait chaud (n’oublions pas que la Chine a la taille d’un continent). Sauf qu’après des mois de vaines tractations auprès du Japonais pour que l’on organise quelque chose, comme des vacances à Xiamen (ville côtière touristique, hometown de ma prof de speaking), voyant que nos plans n’avançaient pas d’un pouce, j’ai abandonné l’idée de voyager en Chine et je suis allé un mois à Taiwan (et là tous les Chinois qui me lisent font un gasp horrifié : « mais enfin Tianxiang, Taiwan, c’est en Chine ! ». Oui, oui bien sûr, suis-je bête…).

Tout ceci grâce à l’hospitalité d’une amie d’Audencia travaillant à Taiwan, et à qui je n’ai pas demandé la permission d’écrire son nom ici. Pour préserver son anonymat, nous l’appellerons donc Cunégonde-Bertrande (coucou Cunégonde-Bertrande, je sais que tu me lis !).

Soit dit en passant, pendant que j’étais à Taiwan, mon « ami » japonais est allé à Xiamen, sans moi. Cimer l’ami.

Etant habitué à emporter ma maison sur mon dos à chaque fois que je voyage (même pour deux jours), je suis parti avec ma grosse valise de plus de 20kg (j’arrive à dépasser la limite de poids à chaque fois que je prends l’avion). Et même en partant à 5h du mat’, un black cab m’a immédiatement sauté dessus en me demandant un prix 50% trop cher pour aller à la station de métro la plus proche. Après lui avoir répété 4 fois qu’en dépit de ma nationalité « laowai-gogolienne » je n’étais pas intéressé par son arnaque (nan mais le type il m’a poursuivi sur toute la rue avec son van en me gueulant « ey l’ami, ey ! »), j’ai trouvé un taxi officiel et là bim boum bam métro aéroport avion, quelques heures plus tard j’étais arrivé sur l’île de Formose avec une grosse fatigue et pas mal de retard.


J’ai ensuite pris le bus le plus kitsch de ma vie avant de traîner ma grosse valise dans la rue, épuisé et transpirant (hé oui, il faisait bien 20 à 30°C de plus qu’à Beijing), pour enfin débarquer sous l’œil méfiant des concierges de l’immeuble haute sécurité de Cunégonde-Bertrande.

Après avoir consciencieusement tout cassé dans son appart’ grâce à ma supermaladresse (au bout de trois jours je n’osais plus toucher à rien de peur de faire exploser l’immeuble par inadvertance), j’ai découvert les joies de Taiwan !

C’est-à-dire la télé.

America's Next Top Model : un bouillon de culture

Bon, c’est vrai que j’ai passé énormément de temps à glandouiller et qu’en un mois j’aurais pu faire le tour complet de l’île au lieu de regarder des émissions de télé-réalité (en anglais en plus, même pas en chinois). Mais j’ai quand même pas mal visité.

Et Taiwan et la Chine, c’est vraiment très différent. Disons que Taiwan est une Chine développée, comme si l’île avait 20 ans d’avance sur le continent. Ce qui est un peu le cas. Des grandes rues partout, des buildings et des skyscrapers à foison, bien sûr, mais Beijing en a aussi. La différence, c’est surtout les Taïwanais. On ne fait pas plus poli, plus amical, plus bienveillant qu’un Taïwanais.

Parlons du transport par exemple.

A Beijing, pour résumer, c’est le chaos, l’ANARCHIE. 90% de la population (automobilistes et piétons tous confondus) sont apparemment daltoniens : les feux tricolores n’ont aucune valeur en Chine. Le principe sacré du conducteur chinois est de klaxonner sur tout ce qui bouche le passage, et de ne freiner qu’en dernier recours. Pour traverser la rue, il ne faut pas attendre le petit bonhomme vert car celui-ci ne vous garantit en aucun cas de ne pas vous faire klaxonner puis rouler dessus avec rage. Non, il faut se troupeauter c’est-à-dire attendre qu’un nombre suffisant de petits Chinois viennent s’amasser au bord de la route avant de s’engager (ce qui ne prend jamais bien longtemps vu l’état de surpopulation ambiant). Les automobilistes n’osent quand même pas percuter 40 personnes d’un coup (ça pourrait abîmer la voiture).

A Taipei, les voitures anticipent carrément sur le feu rouge puisque le décompte des secondes restantes est affiché. Même quand il n’y a pas de voitures, les piétons attendent bêtement sagement que ce soit leur tour pour traverser. Bref, c’est le respect mutuel, c’est l’organisation irréprochable, c’est le bonheuuuuuur, sauf quand tu rates ton feu de justesse et que tu vois le décompte partir de 180, et là les 3 minutes, tu les sens passer, et t’as super envie de traverser au rouge mais tu sens sur ta nuque les regards des indigènes qui te jugent, alors tu ne fais rien.

Le métro. Bon, pour une raison inconnue, depuis quelques moi à Beijing, à chaque fois que je prends le métro, je vois quelqu’un céder sa place à un vieux à une personne âgée ou à des parents portant leurs petits nenfants. Mais lors de mon premier semestre, j’ai surtout vu les Chinois se comporter de manière indisciplinée, voire carrément passable de peine de mort selon mes critères ô combien miséricordieux. Laissant à peine les gens sortir avant de s’engouffrer dans la rame de métro, courant et donnant du coude pour poser ses fesses sur un siège avant tout le monde et sourire d’un air satisfait pendant que les petites mémé restent debout. Bref, re-bienvenue à Anarchyland.

A Taiwan, les gens font la queue selon de petites lignes tracées au sol et cèdent gracieusement leur siège. OK, des fois ils font semblant de dormir pour pas avoir à se lever, mais bon… Je le fais aussi.

D’autre part, le Taiwanais est gentil, souriant, aidant, c’est le genre de personne qui vient spontanément te demander si tu as besoin d’aide à la seconde même où tu sors ton plan de la ville, le genre de personne qui va commencer à te faire la conversation dès qu’il te voit assis sur un banc ou en train de manger, et à la fin tu repars avec leur numéro de téléphone perso au cas où tu aies besoin d’aide dans le futur.

Les Taïwanais sont plus propres, plus coquet(te)s (portent plus de maquillage par exemple – jusqu’à  certains excès par contre, du type : cheveux blonds platine, faux cils, faux ongles et lentilles de couleur), plus calmes, plus sympa, bref pour résumer ma pensée pas du tout biaisée et tout à fait objective, ils sont tout plus mieux que les Chinois.

Accessoirement, ils ont du Bubble Tea à tous les coins de rue, et ça, ça mérite des points en plus.

A vrai dire, la nourriture à Taïwan est plutôt très bonne, et notamment celle qu’on trouve dans les marchés de nuit (夜市ou night markets), qui font partie des attractions touristiques les plus cool de l’île.

A la nuit tombée, des stands viennent s’installer dans des petites rues déjà bordées de magasins et les encombrent davantage. Le résultat, c’est une foule qui se déplace en file indienne, à petits pas, selon un circuit plus ou moins défini, et s’arrête par-ci par là pour acheter une babiole, manger un snack local, exotique, ou bien nouveau. C’est une bonne façon de se remplir l’estomac et de finir la journée. Même si, tout comme en Chine continentale, ils persistent à faire du « tofu puant » (nom véridique), le met le plus aberrant et contre-nature à la surface du monde. Quand la file indienne s’arrête d’avancer et que tu es coincé à côté du stand de tofu puant… entraînement d’apnée gratuit !

En plus de ses nombreux marchés de nuit, Taipei compte également d’innombrables temples, des musées, une multitude de malls et de grands magasins.

Pendant mon séjour, Cunégonde-Bertrande et moi n’avons pas énormément voyagé. Les vacances, en Chine continentale comme à Taiwan, sont les mêmes pour tous. Et notamment le Nouvel An Chinois. Conséquence : tout est surbooké, tout est surpeuplé, certains magasins sont fermés, quasiment tous les voyages organisés sont indisponibles. Les Taïwanais s’y prennent 2 mois à l’avance pour tout planifier (tout comme les Chinois, même si en Chine continentale on ne peut pas réserver les tickets de train plus de 2 semaines à l’avance, ce qui pose d’autres problèmes, mais ceci est une autre histoire).

Nous avons quand même réussi à voir pas mal de choses, et voici une sélection de quelques clichés.

Taipei

Chiang Kai-shek Memorial Hall (國立中正紀念堂)





Place extrêmement imposante. Selon mon ressenti, plus imposante que ce que j’ai pu voir en Chine, malgré les efforts du communisme (mais je n’ai probablement pas tout vu). Comme sur toute place publique à Taiwan, les jeunes aiment s’y réunir pour danser. Ce qui m’a surpris, vu qu’à Beijing, c’est plutôt les mères au foyer et les mamies qui dansent, même si les profils sont parfois assez variés. A ceci près que quand je dis « danser » en parlant des jeunes taïwanais, pour être exact il faudrait plutôt que je dise « s’entraîner à la danse, en répétant à l’infini le même mouvement », ce qui est quand même nettement moins intéressant à regarder.




Le Memorial Hall en lui-même abrite un musée sur la vie de Chiang Kai-shek plutôt intéressant, même s’il n’est pas trop conçu pour les profanes (grosso modo si tu sais pas qui c’est en rentrant, tu sais pas non plus en sortant).

Et pas loin, un peu de verdure en plein centre de la ville.






 Bao-an Temple (保安宮)



Loin des du bois peint en couleurs flashy des monuments pékinois, les temples à Taiwan paraissent plus sobres. Certes, les toits sont décorés de figurines bariolées, mais le bois sombre et les colonnes de pierre sculptée donnent à l’architecture un style tout différent.






Longshan Temple (龍山寺)







C’est un des temples les plus célèbres, donc les plus TOURISTIQUES de Taiwan, ce qui ne l’empêche pas d’être un véritable lieu de culte.



Photo que j’ai dû prendre en mode furtif parce que bon, ça se fait pas trop de prendre en photo une inconnue pendant ses rites religieux.

Ce qu’elle tient dans ses mains, ce sont des筊杯 (jiaobei ou « moon blocks »), des outils de divination que l’on lance sur le sol après avoir posé une question. En fonction de leur position au sol, la question obtient sa réponse. J’en ai vu dans quasiment tous les temples taïwanais où je suis allé, mais chaque temple semble avoir sa coutume.

Taipei 101 & environs



Beef Tomato Noodle, une spécialité taïwanaise.



National Taiwan University (國立臺灣大學)




Avec leurs palmiers, leur beau temps du mois de février, leur université vide pendant les vacances d’hiver, ils faisaient tout pour imiter un campus californien en plein summer break. Bien joué, petits contrefacteurs taïwanais, bien joué…




Yangmingshan National Park (陽明山國家公園)


Facilement accessible en bus à partir de Taipei, ce parc naturel offre de superbes randonnées à deux pas de la ville. Des montagnes, une végétation étrange et des volutes de souffre donnent aux paysages un charme tout particulier.



Accessoirement, ça monte sur plusieurs kilomètres de manière à te tuer ta race de fatigue.




Par ailleurs, puisque tous les touristes repartent à la même heure, et vu que tous les bus repartent du même point du parc, si toi tu ne repars pas du point en question et ne te trouves donc pas en début de trajet, pour rentrer chez toi le soir vers 17-18h il faut faire une queue de quatre kilomètres avant d’avoir une place de bus. Une fois toutes les 20 ou 30 minutes, un véhicule te passe sous le nez mais ne laisse entrer personne vu qu’il est plein à craquer, et toi, même en ayant prévu un pull, tu commences à être congelé sur les bords au fur et à mesure que la nuit tombe. Ce qui fait que quand tu te retrouves à être le premier de la queue parce que le dernier bus t’a jeté pour manque de place, que les bus suivants étaient tous pleins, et que finalement un bus TOUT VIDE débarque, tu fais ton Pékinois : tu te jettes sur une place assise et tu ronfles bruyamment pour que les mémés arrêtent de te tuer du regard.

Taichung

C’est la 3ème ville la plus peuplée de Taiwan, et la 1ère en terme de nullité touristique en période de nouvel an chinois. Nous y avons marché pendant de longues et épuisantes heures en quête de choses à visiter, mais tout était fermé, même les plus grands musées.

Comme je n'ai pas de photo je remplace par de la pub complètement gratuite pour le blog de Sabrina, qui m'a donné envie d'aller à Taiwan depuis bien longtemps (à la base je voulais même faire mon API à Taïwan, et puis finalement je suis allé là où le mandarin est le plus "standard", c'est-à-dire Beijing).

Note positive : nous logions juste à côté du FengjiaNight Market1, l’un des plus grands de Taiwan. Food food food ! Des délicieux desserts taïwanais aux okonomiyakis japonais, en passant par les tteokbokkis (ou topokkis, bref écrivez-le comme vous voulez tant que c’est coréen et dégueulasse).

Une petite vidéo trouvée sur Youtube, super représentative de Fengjia et des Night Markets taïwanais en général. (Pour les pressés, vous pouvez passer la première minute.)

Lukang


« Petite ville pittoresque avec une rue traditionnelle et l’un des plus vieux temples de Taiwan », Lukang compte avant tout une population de 12 000 touristes au m² en période de nouvel an chinois. J’ai rarement vu autant de foule de ma vie, et clairement la description des guides de poche ne m’avait pas préparé à une telle épreuve.


Vieux temple (lui aussi nommé Longshan) ultra bondé (puisque tous les Taïwanais venaient prier pour le nouvel an) et complètement enfumé d’encens.

Là ils jetaient des pièces dans des bateaux en bois sur lesquels étaient marqués des trucs genre "santé", "bonnes notes" ou encore "pleins de gosses".

Sans doute un coin très sympa quand la densité en touristes ne rend pas le milieu impropre à la vie humaine.

Sun Moon Lake


C’est ce lac qui nous a fait aller à Taichung, et là rien à dire : c’est beau.





Le cable car menait de l’autre côté de la montagne, où nous attendait un parc schizophrène, en pleine crise identitaire entre parc aborigène d’une part, et parc d’attraction de l’autre. Manèges et musées, montagnes russes et reconstitutions d’habitations aborigènes s’y côtoyaient sans logique apparente, et c’est à se demander qui (à part nous) pouvait bien être intéressé par deux activités aussi sans rapport l’une avec l’autre.

A en juger par la quantité de touristes, plein de monde.







Conclusion

Bon malgré mon discours trèèès légèrement biaisé, n’allez pas penser que je trouve Taiwan supérieur à la Chine continentale en tout point. C’est bien aussi de pouvoir se comporter en gros rustre impoli parce que tout le monde autour de toi en est un.

Par ailleurs, lors de mon séjour, leur accent sifflotant m’horripilait au plus haut point. Les Taïwanais ne font pas trop la distinction entre sh et s, zh et z, bref ils assimilent des sons complètement différents, c’est scandaleux ! Mais avec du recul j’ai réalisé que ça restait quand même plus facile à comprendre et plus doux à l’oreille que l’horrible « r » pékinois.

Toutefois, l’élément qui a sans doute fait pencher la balance en faveur de Taiwan, c’est cette vision magique qui m’a été offerte lors d’une promenade :


Là, forcément, avec cette créature d’une divine majestuosité, Taiwan a trouvé une place dans mon cœur pour toujours.

A la prochaine fois, pour Hong-Kong :)

mardi 30 juillet 2013

Fall Semester : synthèse

Introduction en ré majeur sur le thème « je suis en retard » (tempo : à la bourre)
(on connait la musique depuis le temps)

Je suis déjà rentré de Chine mais des problèmes informatiques ont grandement retardé la parution de cet article de synthèse (genre, le disque dur externe qui grille au moment précis où je comptais poster - à croire que quand ce n'est pas ma flemme, c'est le destin qui m'empêche d'alimenter ce blog) . De synthèse, oui, car mon but aujourd'hui est d'avancer à grand pas dans le récit, parce que bon, en vrai, mon année, elle est finie, et moi j'en suis toujours à raconter la rentrée. Alors sans plus attendre :

(ndlr : cet article ayant été rédigé il y a environ un mois, je parle au présent, mais en vrai, je suis bel et bien déjà en France).

Mes camarades du semestre 1

Bon, faut que je fasse attention à ce que j’écris, on sait jamais, ils pourraient me lire.

Nous étions 12 en jour favorable et à l’heure de pointe, mais plutôt 9 en général.

En effet, 2 étudiants appartenaient à un autre niveau et n’assistaient qu’à notre cours de speaking (si vous vous rappelez encore de mes commentaires sur les profs, cette présence « sélective » est tout à fait compréhensible).

Un autre, lui, nous avait rejoint à mi-semestre en mode touriste, histoire d’avoir un visa je suppose. « Naaaa but I learn so much more with my tutor than during classes », assurait ce californien quand il venait effectivement en cours, c’est-à-dire une fois tous les jamais et à condition que la météo soit bonne, en admettant que le jour du mois soit un nombre impair ou finissant par 4, et pourvu que l’alignement de Saturne, du Soleil et de son nombril soit satisfaisant.

Parmi les étudiants réguliers, ma classe comptait des nationalités originales comme un Grec-Australien, ou encore un Tibétain-Américain surveillé de loin par le Parti Communiste des fois qu’il fasse des conneries (genre défendre les Droits de l’Homme), et grâce à qui j’ai eu l’honneur de danser (avec la grâce et l’assurance d’un chameau unijambiste) des danses traditionnelles tibétaines ou encore me briser les dents sur du yak jerky (je déconseille).

N’oublions pas mon voisin de table Néerlandais qui se refusait d’apprendre à écrire manuscritement les caractères sous prétexte que l’ère du clavier l’en dispensait, mais qui était en revanche extrêmement assidu dans l’apprentissage des gros mots et autres expressions douteuses, dont il prenait soin de vérifier l’exactitude auprès des profs un peu gênés. Exemple : une façon très sympatoche et assez répandue de dire « cool, awesome » en chinois est 牛屄, qui peut se traduire en français par un très gracieux « vagin de vache » (précisons que pour taper ce mot d’une sophistication infinie, je viens de parcourir 15 pages d’homonymes, vu que mon ordinateur avait planqué le caractère « vagin » le plus loin possible de mes chastes yeux).

N’omettons pas non plus la bouseuse de Bretonne (c’est là qu’on va voir si elle me lit), prétendue grande buveuse quand en réalité n’importe quel autre Français peut la battre à plate couture (si jamais elle me lit, je ne donne pas cher de ma peau). A chaque interclasse, je profitais de sa pause clope pour dessiner sur ses cahiers des baguettes de pain et des bonshommes moustachus et bérettés sur fond de tour Eiffel, histoire de contrarier ses pseudo-convictions indépendantistes. Mais bon, en dépit de ses origines malheureuses, on l’aime bien quand même la petite.

Un Philippin, ou plutôt devrais-je dire « un des 40 milliards et demi de Philippins que compte Tsinghua ». Ils sont venus en masse, ils sont tous d’origine chinoise (« huayi » en mandarin), leurs parents sont tous chefs d’entreprise, et je caricature un peu. Paresseux en temps normal mais pris d’hyperactivité quand il s’agit de préparer le HSK (équivalent chinois du TOEFL), il a toujours des bons plans sorties ou bouffe et c’est le pro des voyages à thématique 90% gastronomique. On gagne vraiment à le connaître, et notre estomac aussi. La communauté philippine peut être assez imperméable et sectaire parfois, mais il fait partie des Philippins qui t’invitent à leurs évènements, et qui, quand tu réponds que tu serais un intrus et que tu ne parles pas Tagalog, te rétorquent « mais si, tu es Philippin ! » (en essayant de jouer sur ma schizophrénie, mais je sais très bien que mon autre moi vient du Turkménistan oriental).

L’Américain à côté duquel je m’étais assis le tout premier jour de cours (souvenez-vous, c’était dans mon article d’il y a 4 mois), super sympa, plein d’humour et tellement cool qu’à 30 ans il a pas encore vraiment décidé ce qu’il va faire de sa vie, mis à part la passer en Chine. Il prétend parfois être 白福美 (« blanche-riche-belle », expression à la mode pour désigner la femme idéale), parce qu’en lieu et place d’être (belle) il est 美国人 (américain). (Pour info, la version masculine est 高福帅 aka « grand-riche-beau ». Vous en déduirez donc qu’en Chine, les femmes se doivent d’être blanches, et les hommes grands). Idem, il assurait être un 美人鱼 (« belle personne-poisson », c’est-à-dire sirène, être mythique qu’il lui arrive de mimer pour prouver ses affirmations. Je crains malheureusement qu’il confonde sirène et poisson rouge.)

Enfin viennent mes deux meilleurs amis du semestre précédent, à savoir le Coréen et le Japonais de ma classe.
Le Coréen, plein d'humour, le genre à être ami avec tout le monde, on lui donne 18 ans alors qu'il en a 30.
Le Japonais, personne discrète voire secrète. Après un an à le côtoyer, je ne sais toujours pas comment le décrire. Ses pensées restent une énigme pour moi. Mais bon, il est cool quand même. Je suppose.
Une chose est sûre : nous avions pour objectif commun de progresser. Plutôt que de rester avec nos compatriotes comme beaucoup de gens le font, nous avons préféré former un petit groupe cosmopolite et apprendre les uns des autres. Et bien évidemment apprendre de la Chine, avec une résolution à toute épreuve. Il nous est arrivé de débattre entre nous et de faire des sondages auprès de tout notre entourage chinois, et ce pendant plusieurs heures d'affilée, pour élucider la différence entre deux mots de mandarin.

Il faut savoir que j’ai eu trois étapes sociales lors de mon premier semestre.
1 : reclus dans ma chambre, à me nourrir de nouilles instantanées matin, midi et soir.
2 : reclus dans ma chambre, à cuisiner moi-même mes repas après avoir fait une overdose de nouilles instantanées, et suivi l’exemple alimentaire de notre chère camarade Bretonne.
3 : à passer l’extrême majorité de mon temps libre avec le Coréen et le Japonais, à étudier ou à discuter en chinois.

Voilà comment se sont déroulées 99% de mes journées lors du semestre d’automne.


Mon emploi du temps


8:50

Lever pour profiter de l’eau chaude qui s’arrête à 9h et des brouettes.

J’ai écrit un poème sur l’eau chaude.

Ode à l’eau chaude
« Ô eau chaude,
Toi qui chaque matin
A mon sommeil met fin
Je te hais. »



Jusqu’à 13:00

Révisions et devoirs à la dernière minute, jusqu’au déjeuner que je cuisinais dans ma chambre (en faisant tout bouillir ou cuire à la vapeur. Je n’ai jamais osé acheter que du riz, des pâtes, des œufs et des légumes, mais je suis à peu près certain qu’armé de tels ustensiles de cuisine, je suis capable d’enlever toute saveur à n’importe quel aliment à ma disposition.).




13:00

Les cours...

难不难 ?



16:40

Cantine dès la sortie des cours, avec mes camarades nippon et coréen. Le dîner à l’heure chinoise remplaça mon sacro-saint goûter, ce qui fut une tragédie personnelle, d’autant plus que les Chinois ne comprennent pas vraiment le concept du dessert.




17:30

Etudiage intensif à Paradiso, café situé dans mon immeuble. Ce qui rapprochait les membres de notre trio, c’était le sérieux et la volonté de progresser. Comme eux deux ne parlaient pas anglais, on ne pouvait communiquer qu’en mandarin (au début, je switchais à la langue de Shakespeare pour expliquer des choses compliquées, mais devant leurs hochements de tête « oui oui j’ai rien capté mais je fais semblant d’avoir compris oui oui », j’ai vite arrêté). Forcément, nos compétences linguistiques ont décollé.

Puisque nous venions tous les jours au café, et ce jusqu’à la fermeture de 23h, nous sommes vite devenus amis avec les serveuses, trois petites chinoises toute gentilles qui nous ont beaucoup aidé, avec qui nous avons pu pratiquer le chinois et qui nous ont gavé de thé à la chrysanthème et de sandwichs à l’âne. J’ai mis plus de temps à m’y faire que les autres, parce qu’au début je ne comprenais tout simplement rien de ce qu’elles racontaient et m’en trouvais bien embarrassé, mais aujourd’hui elles font véritablement partie de mes meilleurs amis à Beijing.



23:00

Le snack de minuit à 东北门, la porte nord-est de l’université, à deux pas de nos appartements. Parce que forcément quand on dîne à 17h, on crève de faim quand il est l’heure d’aller se coucher. Des barbecues ambulants et très très probablement illégaux viennent s’installer sur le bord de la 4 voies une fois le soir venu. Beaucoup d’étudiants viennent y manger du 麻辣烫 (sorte de potage épicé dans lequel baignent diverses brochettes) ou simplement des brochettes grillées (certains assurent que les brochettes de mouton sont en réalité à base de viande de rat pour réduire les coûts. Et bien si c’est vrai, le rat, c’est délicieux).


Conclusion

Ce semestre s’est donc déroulé paisiblement, sans à-coups, à peine entrecoupé de quelques évènements divers et variés tels que : des visites de Pékin, les vacances, les fêtes de fin d’année les plus lamentables de ma vie (en dépit de la prof de speaking qui s’est pointée en cours déguisée en Mère Noël sous son manteau), et puis tiens, ne l’oublions pas, le concours de discours.

Début de la parenthèse.

Chaque année, en décembre, les professeurs de mon programme organisent un concours de discours, et encouragent les étudiants à y participer. Notre prof de speaking était chargée de motiver et d’encadrer notre classe, et c’est ainsi qu’à force de harcèlement, notre minuscule classe a fini par représenter à elle seule plus du tiers des participants.

Bien évidemment, j’ai attendu la veille pour préparer mon discours, et ne l’ai fait qu’à contrecœur. Le seul sujet que j’avais pu trouver était le pain. Parce que les asiatiques ne saisissent pas trop le concept, le Coréen et le Japonais avaient même osé me soutenir que les croissants, les tartes aux fraises et la pâte à pizza faisaient tous partie de cette belle et grande famille du pain. Le point central de mon discours était Paris Baguette, une chaîne de boulangerie coréenne qui n’est même pas capable de faire la différence entre pain et brioche (genre ils font des fougasses avec de la brioche, nan mais allô quoi !). Leur baguette, qui se veut authentique voire à la limite du « luxury good », tu vois, est au mieux une baguette de supermarché. Bref, le gag principal de mon discours était de dire qu’on trouvait de telles baguettes en France aussi, mais qu’il fallait chercher à des endroits bien spécifiques, parce que généralement, les baguettes comme ça, on les fout à la poubelle.

C’est alors que je terminais mon brouillon que j’ai écouté mon ami coréen répéter son discours dans le plus pur esprit chinois (puisqu’écrit par sa copine chinoise), à savoir : « vénérables professeur, respectés camarades, je m’appelle Ching Chang Chong et je vais vous lécher les bottes pendant un quart d’heure » (oui c’est cliché mais ça repose sur un très très maigre fond de vérité).

Autant vous dire que j’ai été pris d’une crise de panique à la veille de mon discours en réalisant que j’allais me faire jeter des tomates pourries à la figure en raison de mon impertinence de petit con d’occidental qui se prend pour le Dieu du Pain.

J’ai donc fait de mon mieux pour arranger mon discours à grands coups de « nan mais j’rigole hein, la cuisine chinoise ça déchire tellement que je vais être en manque quand je vais rentrer en France » et autres bêtises.
Après ma performance, soulagé et, contre toute attente, encore en vie (les chinois n’ayant étonnamment pas décidé de me tabasser à mort), j’étais tout à fait satisfait de m’en être tiré sans avoir offensé la foule de spectateurs. Je ne m’attendais donc vraiment pas à faire partie du podium. Mon ami Coréen placé premier, le Japonais et moi tous deux troisièmes, notre trio occupait 50% des 6 places gagnantes et c’est ainsi que notre prof de Speaking a reçu un gros chèque cadeau pour la surreprésentation numérique de notre classe dans le concours.

De mon côté j’ai eu un pot à crayon Tsinghua qui a avantageusement remplacé le fond de bouteille en plastique tout mal découpé dont je me servais jusque là.

Fin de la parenthèse.



Forcément, étant l’être le plus routinier au monde, je me suis bien vite habitué à ce quotidien confortable, et c’est donc avec le désespoir le plus profond que j’ai abordé la fin du semestre, car mon ami coréen se barrait (le traître, tout ça pour finir l’université, se marier et trouver un boulot, enfin bon, que des détails mineurs et superflus quoi).

Parenthèse : j’étais pas non plus supposé rester à la base, mais j’expliquerai pourquoi je ne suis finalement pas parti à Shanghai dans le prochain article.

Les examens finaux sont arrivés, avec sans surprise une tête de classe constituée de notre trio franco-coréo-nippon tellement qu’on était trop des boss tavu, et tellement qu’on bossait à mort notre race aussi faut avouer.

N’oublions pas de noter la performance du nouveau prof de listening, qui s’est pointé 20 minutes en retard le jour de l’examen et n’avait pas un QI assez élevé pour se servir du radio K-7 (il a donc dû sortir de la salle de classe, paniqué, pour demander comment faire, et au final n’a quand même pas respecté les procédures habituelles des tests de listening, histoire de bien pousser l’incompétence jusqu’à son paroxysme).

La veille du dernier examen, celui de speaking, nous avons organisé une « farewell party » en l’honneur du Coréen au Paradiso Café, dont les serveuses nous ont gentiment ouvert les portes après la fermeture de 23h.
C’est donc après une nuit quasiment blanche que certains d’entre nous ont passé leur entretien de speaking affublés de moustaches/pitites fleurs dessinées au stylo sur le visage (vu que j’avais défié tout le monde de ne pas se les effacer pour l’examen).

Quant à moi, j’ai pioché le sujet « mes zamis à Beijing », sur lequel j’ai dû parler pendant 5 minutes en utilisant certains mots de vocabulaire ou certaines structures grammaticales. Et donc je commence à raconter ma life et tout, à chanter les louanges de mon super trio tout en regrettant que l’un d’entre nous s’en aille, jusqu’à ce que pour caser l’expression « ressembler à, être comme », je dise que le japonais et le coréen sont comme mes grands frères. Et là d’un seul coup il y a des ninjas qui viennent me couper des oignons sous le nez, mes yeux deviennent tous mouillés à cause de mon allergie aux ninjas, ma voix tremblote pendant quelques phrases et rapidement je ne trouve tout simplement plus mes mots. La prof me congédie donc en mode « ooooo… kaaaaay… ça va suffire je pense, SUIVANT !!! ».

C'est dingue, mais quand on est loin de chez soi, de sa famille et de ses amis, on s’attache forcément très vite, et des gens avec qui on n’aurait peut-être même pas été amis dans notre pays deviennent très rapidement comme une deuxième famille.

Après ce fail des plus embarrassants, je m’attendais à une note catastrophique en speaking, mais l’examen à peine terminé, nous nous sommes retrouvés pour un déjeuner de classe où la prof (invitée comme toujours), a lâché l’information selon laquelle j’avais reçu la meilleure note de la classe.

Faut croire que moi et mon mélodrame avons été touchants.

Le soir même, nous avons accompagné le Coréen à l’aéroport, et le lendemain, c’était les vacances, je n’avais plus rien à faire, mes journées et le campus semblaient vides.

Et pis je suis parti à Taiwan pour les vacances :)