mercredi 21 août 2013

Intermède taïwanais

Il convient déjà d’expliquer pourquoi mes vacances ont été consacrées au voyage plutôt qu’au déménagement. En effet, si vous vous rappelez bien, j’étais supposé faire mon second semestre à Shanghai, et donc passer mes vacances d’hiver à faire mes valises, sillonner la ville en quête d’appart’ et finaliser les démarches administratives type visa ou inscription universitaire.

Et bien j’ai tout simplement changé d’avis.

1 - D’une part, parce que les Français avec qui j’avais parlé de Shanghai, et notamment ma cousine (spéciale cassedédi si elle me lit toujours), m’avaient assuré que la ville était bien moins agréable et intéressante que Beijing. Bon, après avoir vu Shanghai de mes propres yeux, je pense que c’est une question de goût.

2 - D’autre part, à cause des tractations de certains de mes camarades à Tsinghua. Et notamment de l’Américain, qui réussissait à détourner la moindre conversation en l’orientant vers les monts et merveilles promis par Beijing pour le semestre suivant : météo clémente, vues superbissimes, activités foisonnantes, paix dans le monde et transformation de l’eau en Champomy (ce dernier miracle serait à peine surprenant vu le niveau de pollution de l’eau en Chine).

Et puis bon, pour être honnête, moi aussi j’avais plutôt envie de rester avec eux (ou tout du moins ceux d’entre eux qui ne partaient pas).

3 - Pour finir, parce que j’ai eu la flemme de bouger. S’inscrire à l’université JiaoTong de Shanghai, remplir l’équivalent en formulaires de douze ramettes de papier, déménager et chercher un appart’ en Chine par mes propres moyens, avec toutes les complications au niveau du visa que ça engendre, et surtout faire tout ça DANS LES TEMPS… Face à ces nombreuses tâches, j’ai suivi la démarche suivante :

Premièrement : prendre mon courage à deux mains.

Deuxièmement : le jeter à la poubelle.

Troisièmement : mettre mes pieds en éventail et profiter de mes vacances en me félicitant du temps et de l’énergie économisés.

Effectivement, en comparaison, les démarches à remplir pour continuer ma scolarité à Tsinghua étaient un jeu d’enfant : remplir un unique formulaire, payer (cette fois-ci j’avais prévu mon coup et commencé à accumuler du cash à l’avance, comme un écureuil cleptomane)… et renouveler mon visa.

Ce qui s’est avéré 1000 fois plus facile que ce que j’avais pu imaginer. Moi, je me voyais déjà prendre le train pour Hong-Kong afin d’y faire une demande de visa avant de pouvoir rentrer à nouveau dans le pays, ou bien me faire envoyer un passeport visaté depuis la France par mes parents (tavu l’avantage d’avoir deux passeports).

Au final je suis allé dans le Bureau Des Visas de Tsinghua, j’ai donné mon passeport et quelques billets et on m’a dit de revenir 15 jours plus tard.

Bon, j’exagère un peu, il y a quand même quelques détails auxquels j’ai dû faire attention :

Tout d’abord, le nombre d’entrées. Car si l’on veut, comme moi, entrer et sortir du pays pour des vacances ou des voyages, il faut que le visa le permette. J’ai donc dû demander de passer du visa F (business) à un visa X (d’étude), qui lui me permettait d’entrer et de sortir de la Chine comme d’un moulin et ainsi faire d’inonder le marché français de marchandises contrefaites. Ce que je n’ai pas fait, mais quand même.

Le souci, c’est que pour avoir un visa X, il faut faire des examens médicaux de toutes sortes, probablement histoire de ne pas contaminer le pays et son milliard d’habitants avec nos sales microbes d’étrangers. Examens à faire dans notre pays d’origine d’abord, pour qu’une fois arrivés sur le sol chinois, les autochtones nous assurent que les résultats ne sont pas valides/sont incomplets/ont été falsifiés par la CIA et les extraterrestres (rayez la mention inutile) – bref, tout pour nous faire refaire les tests dans leur hôpital « spécial étrangers » labellisée UsinàfricTM.

Déjà, il faut aller faire les examens le matin en semaine (à jeun), de préférence avant 9h histoire d’éviter le raz-de-marée humain, et retourner chercher les résultats quelques jours plus tard, l’après-midi en semaine. Donc dans mon cas sécher les cours – puisque j’avais cours l’après-midi – pour chercher un bout de papier bidon. Je ne pouvais pas attendre qu’il me soit livré par la poste car sans lui, je ne pouvais pas demander mon visa, or j’avais besoin de récupérer mon passeport avant de prendre mon avion pour Taiwan ! Mes jours étaient comptés, puisque je m’y suis évidemment pris à la bourre.

Par ailleurs, localiser cet hôpital relève du véritable parcours du combattant, et ce même à l’aide de la feuille d’indications fournie par Tsinghua. En effet, muni de ce satané papier, j’ai voulu prendre le métro puis le bus jusqu’au fin fond de la cambrousse pékinoise. Après avoir cherché l’arrêt de bus pendant une heure, demandé où il se trouvait à un taxi driver qui m’a aimablement répondu d’un signe de la main : « casse-toi, laowai », j’ai décidé de me mettre en route à pieds, en suivant le plan dessiné sur ma feuille d’indications. 2 heures plus tard, je me suis rendu compte qu’il était à l’échelle 1/douze milliards, et qu’il était donc parfaitement inutile à tout humain non coureur de marathon. J’ai donc dû me faire à l’idée que j’avais gâché une précieuse matinée, rebrousser chemin, rentrer chez moi furieux pour rechercher sur internet des informations fiables, et retenter l’expédition le lendemain.

Inutile de vous dire que le lendemain, j’ai pris le taxi.

Une fois arrivé, tu découvres que c’est un hôpital où tout est fait à la chaîne et où tu vas de bureau en bureau pour faire des tests à l’arrache :

- Un test de vue où ils te font lire des lettres au mur, sauf qu’ils te font lire seulement les grosses, qu’il n’y en a que deux différentes, et que tu gardes tes lunettes pendant le test ( ?) ;
- Une radio où tu te prends sans doute suffisamment d’ondes pour perdre 2 ans d’espérance de vie ;
- Un test où le médecin t’ausculte le cou pour savoir… ben je sais pas quoi en fait ;
- Etc.

Pour finir tu paies plein de pognon au guichet et quelques jours plus tard tu récupères ton papier où il est marqué qu’il n’y a pas de souci, même si tu as le SIDA, le cancer et la tuberculose, c’est pas très grave parce que tu as donné ton argent d’étranger à l’Etat chinois.

L’hôpital est non seulement une usine à fric mais aussi une usine à emplois : le jour où j’y suis allé les gens des guichets, complètement désœuvrés, blaguaient entre eux, et un garde, encore plus désœuvré, construisait le bonhomme de neige le plus laid que j’ai jamais vu sur une borne électrique.

Au retour, j’ai demandé l’arrêt de bus à une mémé qui a été assez gentille pour me répondre (quand on cherche son chemin, les mémés sont toujours une valeur sûre), et c’est ainsi que j’ai pu comprendre que l’arrêt de bus associé à la station de métro était planqué sous un pont (ah oui, malin…).


C’est ainsi que j’ai pu réunir toute la paperasse à temps pour renouveler mon visa, et ainsi partir à TAIWAN !

Pendant le long mois du winter break, rester à Tsinghua est le meilleur moyen de mourir d’ennui, tandis que rentrer dans son pays (quand on est Européen ou Américain tout du moins) est le meilleur moyen de faire banqueroute et d’être condamné à jouer de la scie musicale dans la rue pour se nourrir. En bref, la meilleure chose à faire pendant l’hiver, c’est de voyager.

Mais voyager où ? Certains Philippins m’avaient invité à venir avec eux à Harbin, la capitale glacée du nord, avec le Ice Festival et ses lumières dans la nuit. Sauf qu’ayant appris à Beijing ce que ça fait de vivre avec une température moyenne de -10°C, j’ai refusé TOUT NET d’aller dans l’enfer glacial de cette ville aberrante qu’est Harbin, avec ses -40°C et son danger permanent de perdre un nez ou un orteil dans la bataille contre le froid.

« Merde ! j’ai perdu ma deuxième narine » « Mais c’est beau quand même Jean-Pierre ! Moi je ne regrette pas d’avoir perdu mon auriculaire pour ça ! »

(Pleins d'autres photos de dingue ici)

Je voulais donc descendre dans le sud, là où il fait chaud (n’oublions pas que la Chine a la taille d’un continent). Sauf qu’après des mois de vaines tractations auprès du Japonais pour que l’on organise quelque chose, comme des vacances à Xiamen (ville côtière touristique, hometown de ma prof de speaking), voyant que nos plans n’avançaient pas d’un pouce, j’ai abandonné l’idée de voyager en Chine et je suis allé un mois à Taiwan (et là tous les Chinois qui me lisent font un gasp horrifié : « mais enfin Tianxiang, Taiwan, c’est en Chine ! ». Oui, oui bien sûr, suis-je bête…).

Tout ceci grâce à l’hospitalité d’une amie d’Audencia travaillant à Taiwan, et à qui je n’ai pas demandé la permission d’écrire son nom ici. Pour préserver son anonymat, nous l’appellerons donc Cunégonde-Bertrande (coucou Cunégonde-Bertrande, je sais que tu me lis !).

Soit dit en passant, pendant que j’étais à Taiwan, mon « ami » japonais est allé à Xiamen, sans moi. Cimer l’ami.

Etant habitué à emporter ma maison sur mon dos à chaque fois que je voyage (même pour deux jours), je suis parti avec ma grosse valise de plus de 20kg (j’arrive à dépasser la limite de poids à chaque fois que je prends l’avion). Et même en partant à 5h du mat’, un black cab m’a immédiatement sauté dessus en me demandant un prix 50% trop cher pour aller à la station de métro la plus proche. Après lui avoir répété 4 fois qu’en dépit de ma nationalité « laowai-gogolienne » je n’étais pas intéressé par son arnaque (nan mais le type il m’a poursuivi sur toute la rue avec son van en me gueulant « ey l’ami, ey ! »), j’ai trouvé un taxi officiel et là bim boum bam métro aéroport avion, quelques heures plus tard j’étais arrivé sur l’île de Formose avec une grosse fatigue et pas mal de retard.


J’ai ensuite pris le bus le plus kitsch de ma vie avant de traîner ma grosse valise dans la rue, épuisé et transpirant (hé oui, il faisait bien 20 à 30°C de plus qu’à Beijing), pour enfin débarquer sous l’œil méfiant des concierges de l’immeuble haute sécurité de Cunégonde-Bertrande.

Après avoir consciencieusement tout cassé dans son appart’ grâce à ma supermaladresse (au bout de trois jours je n’osais plus toucher à rien de peur de faire exploser l’immeuble par inadvertance), j’ai découvert les joies de Taiwan !

C’est-à-dire la télé.

America's Next Top Model : un bouillon de culture

Bon, c’est vrai que j’ai passé énormément de temps à glandouiller et qu’en un mois j’aurais pu faire le tour complet de l’île au lieu de regarder des émissions de télé-réalité (en anglais en plus, même pas en chinois). Mais j’ai quand même pas mal visité.

Et Taiwan et la Chine, c’est vraiment très différent. Disons que Taiwan est une Chine développée, comme si l’île avait 20 ans d’avance sur le continent. Ce qui est un peu le cas. Des grandes rues partout, des buildings et des skyscrapers à foison, bien sûr, mais Beijing en a aussi. La différence, c’est surtout les Taïwanais. On ne fait pas plus poli, plus amical, plus bienveillant qu’un Taïwanais.

Parlons du transport par exemple.

A Beijing, pour résumer, c’est le chaos, l’ANARCHIE. 90% de la population (automobilistes et piétons tous confondus) sont apparemment daltoniens : les feux tricolores n’ont aucune valeur en Chine. Le principe sacré du conducteur chinois est de klaxonner sur tout ce qui bouche le passage, et de ne freiner qu’en dernier recours. Pour traverser la rue, il ne faut pas attendre le petit bonhomme vert car celui-ci ne vous garantit en aucun cas de ne pas vous faire klaxonner puis rouler dessus avec rage. Non, il faut se troupeauter c’est-à-dire attendre qu’un nombre suffisant de petits Chinois viennent s’amasser au bord de la route avant de s’engager (ce qui ne prend jamais bien longtemps vu l’état de surpopulation ambiant). Les automobilistes n’osent quand même pas percuter 40 personnes d’un coup (ça pourrait abîmer la voiture).

A Taipei, les voitures anticipent carrément sur le feu rouge puisque le décompte des secondes restantes est affiché. Même quand il n’y a pas de voitures, les piétons attendent bêtement sagement que ce soit leur tour pour traverser. Bref, c’est le respect mutuel, c’est l’organisation irréprochable, c’est le bonheuuuuuur, sauf quand tu rates ton feu de justesse et que tu vois le décompte partir de 180, et là les 3 minutes, tu les sens passer, et t’as super envie de traverser au rouge mais tu sens sur ta nuque les regards des indigènes qui te jugent, alors tu ne fais rien.

Le métro. Bon, pour une raison inconnue, depuis quelques moi à Beijing, à chaque fois que je prends le métro, je vois quelqu’un céder sa place à un vieux à une personne âgée ou à des parents portant leurs petits nenfants. Mais lors de mon premier semestre, j’ai surtout vu les Chinois se comporter de manière indisciplinée, voire carrément passable de peine de mort selon mes critères ô combien miséricordieux. Laissant à peine les gens sortir avant de s’engouffrer dans la rame de métro, courant et donnant du coude pour poser ses fesses sur un siège avant tout le monde et sourire d’un air satisfait pendant que les petites mémé restent debout. Bref, re-bienvenue à Anarchyland.

A Taiwan, les gens font la queue selon de petites lignes tracées au sol et cèdent gracieusement leur siège. OK, des fois ils font semblant de dormir pour pas avoir à se lever, mais bon… Je le fais aussi.

D’autre part, le Taiwanais est gentil, souriant, aidant, c’est le genre de personne qui vient spontanément te demander si tu as besoin d’aide à la seconde même où tu sors ton plan de la ville, le genre de personne qui va commencer à te faire la conversation dès qu’il te voit assis sur un banc ou en train de manger, et à la fin tu repars avec leur numéro de téléphone perso au cas où tu aies besoin d’aide dans le futur.

Les Taïwanais sont plus propres, plus coquet(te)s (portent plus de maquillage par exemple – jusqu’à  certains excès par contre, du type : cheveux blonds platine, faux cils, faux ongles et lentilles de couleur), plus calmes, plus sympa, bref pour résumer ma pensée pas du tout biaisée et tout à fait objective, ils sont tout plus mieux que les Chinois.

Accessoirement, ils ont du Bubble Tea à tous les coins de rue, et ça, ça mérite des points en plus.

A vrai dire, la nourriture à Taïwan est plutôt très bonne, et notamment celle qu’on trouve dans les marchés de nuit (夜市ou night markets), qui font partie des attractions touristiques les plus cool de l’île.

A la nuit tombée, des stands viennent s’installer dans des petites rues déjà bordées de magasins et les encombrent davantage. Le résultat, c’est une foule qui se déplace en file indienne, à petits pas, selon un circuit plus ou moins défini, et s’arrête par-ci par là pour acheter une babiole, manger un snack local, exotique, ou bien nouveau. C’est une bonne façon de se remplir l’estomac et de finir la journée. Même si, tout comme en Chine continentale, ils persistent à faire du « tofu puant » (nom véridique), le met le plus aberrant et contre-nature à la surface du monde. Quand la file indienne s’arrête d’avancer et que tu es coincé à côté du stand de tofu puant… entraînement d’apnée gratuit !

En plus de ses nombreux marchés de nuit, Taipei compte également d’innombrables temples, des musées, une multitude de malls et de grands magasins.

Pendant mon séjour, Cunégonde-Bertrande et moi n’avons pas énormément voyagé. Les vacances, en Chine continentale comme à Taiwan, sont les mêmes pour tous. Et notamment le Nouvel An Chinois. Conséquence : tout est surbooké, tout est surpeuplé, certains magasins sont fermés, quasiment tous les voyages organisés sont indisponibles. Les Taïwanais s’y prennent 2 mois à l’avance pour tout planifier (tout comme les Chinois, même si en Chine continentale on ne peut pas réserver les tickets de train plus de 2 semaines à l’avance, ce qui pose d’autres problèmes, mais ceci est une autre histoire).

Nous avons quand même réussi à voir pas mal de choses, et voici une sélection de quelques clichés.

Taipei

Chiang Kai-shek Memorial Hall (國立中正紀念堂)





Place extrêmement imposante. Selon mon ressenti, plus imposante que ce que j’ai pu voir en Chine, malgré les efforts du communisme (mais je n’ai probablement pas tout vu). Comme sur toute place publique à Taiwan, les jeunes aiment s’y réunir pour danser. Ce qui m’a surpris, vu qu’à Beijing, c’est plutôt les mères au foyer et les mamies qui dansent, même si les profils sont parfois assez variés. A ceci près que quand je dis « danser » en parlant des jeunes taïwanais, pour être exact il faudrait plutôt que je dise « s’entraîner à la danse, en répétant à l’infini le même mouvement », ce qui est quand même nettement moins intéressant à regarder.




Le Memorial Hall en lui-même abrite un musée sur la vie de Chiang Kai-shek plutôt intéressant, même s’il n’est pas trop conçu pour les profanes (grosso modo si tu sais pas qui c’est en rentrant, tu sais pas non plus en sortant).

Et pas loin, un peu de verdure en plein centre de la ville.






 Bao-an Temple (保安宮)



Loin des du bois peint en couleurs flashy des monuments pékinois, les temples à Taiwan paraissent plus sobres. Certes, les toits sont décorés de figurines bariolées, mais le bois sombre et les colonnes de pierre sculptée donnent à l’architecture un style tout différent.






Longshan Temple (龍山寺)







C’est un des temples les plus célèbres, donc les plus TOURISTIQUES de Taiwan, ce qui ne l’empêche pas d’être un véritable lieu de culte.



Photo que j’ai dû prendre en mode furtif parce que bon, ça se fait pas trop de prendre en photo une inconnue pendant ses rites religieux.

Ce qu’elle tient dans ses mains, ce sont des筊杯 (jiaobei ou « moon blocks »), des outils de divination que l’on lance sur le sol après avoir posé une question. En fonction de leur position au sol, la question obtient sa réponse. J’en ai vu dans quasiment tous les temples taïwanais où je suis allé, mais chaque temple semble avoir sa coutume.

Taipei 101 & environs



Beef Tomato Noodle, une spécialité taïwanaise.



National Taiwan University (國立臺灣大學)




Avec leurs palmiers, leur beau temps du mois de février, leur université vide pendant les vacances d’hiver, ils faisaient tout pour imiter un campus californien en plein summer break. Bien joué, petits contrefacteurs taïwanais, bien joué…




Yangmingshan National Park (陽明山國家公園)


Facilement accessible en bus à partir de Taipei, ce parc naturel offre de superbes randonnées à deux pas de la ville. Des montagnes, une végétation étrange et des volutes de souffre donnent aux paysages un charme tout particulier.



Accessoirement, ça monte sur plusieurs kilomètres de manière à te tuer ta race de fatigue.




Par ailleurs, puisque tous les touristes repartent à la même heure, et vu que tous les bus repartent du même point du parc, si toi tu ne repars pas du point en question et ne te trouves donc pas en début de trajet, pour rentrer chez toi le soir vers 17-18h il faut faire une queue de quatre kilomètres avant d’avoir une place de bus. Une fois toutes les 20 ou 30 minutes, un véhicule te passe sous le nez mais ne laisse entrer personne vu qu’il est plein à craquer, et toi, même en ayant prévu un pull, tu commences à être congelé sur les bords au fur et à mesure que la nuit tombe. Ce qui fait que quand tu te retrouves à être le premier de la queue parce que le dernier bus t’a jeté pour manque de place, que les bus suivants étaient tous pleins, et que finalement un bus TOUT VIDE débarque, tu fais ton Pékinois : tu te jettes sur une place assise et tu ronfles bruyamment pour que les mémés arrêtent de te tuer du regard.

Taichung

C’est la 3ème ville la plus peuplée de Taiwan, et la 1ère en terme de nullité touristique en période de nouvel an chinois. Nous y avons marché pendant de longues et épuisantes heures en quête de choses à visiter, mais tout était fermé, même les plus grands musées.

Comme je n'ai pas de photo je remplace par de la pub complètement gratuite pour le blog de Sabrina, qui m'a donné envie d'aller à Taiwan depuis bien longtemps (à la base je voulais même faire mon API à Taïwan, et puis finalement je suis allé là où le mandarin est le plus "standard", c'est-à-dire Beijing).

Note positive : nous logions juste à côté du FengjiaNight Market1, l’un des plus grands de Taiwan. Food food food ! Des délicieux desserts taïwanais aux okonomiyakis japonais, en passant par les tteokbokkis (ou topokkis, bref écrivez-le comme vous voulez tant que c’est coréen et dégueulasse).

Une petite vidéo trouvée sur Youtube, super représentative de Fengjia et des Night Markets taïwanais en général. (Pour les pressés, vous pouvez passer la première minute.)

Lukang


« Petite ville pittoresque avec une rue traditionnelle et l’un des plus vieux temples de Taiwan », Lukang compte avant tout une population de 12 000 touristes au m² en période de nouvel an chinois. J’ai rarement vu autant de foule de ma vie, et clairement la description des guides de poche ne m’avait pas préparé à une telle épreuve.


Vieux temple (lui aussi nommé Longshan) ultra bondé (puisque tous les Taïwanais venaient prier pour le nouvel an) et complètement enfumé d’encens.

Là ils jetaient des pièces dans des bateaux en bois sur lesquels étaient marqués des trucs genre "santé", "bonnes notes" ou encore "pleins de gosses".

Sans doute un coin très sympa quand la densité en touristes ne rend pas le milieu impropre à la vie humaine.

Sun Moon Lake


C’est ce lac qui nous a fait aller à Taichung, et là rien à dire : c’est beau.





Le cable car menait de l’autre côté de la montagne, où nous attendait un parc schizophrène, en pleine crise identitaire entre parc aborigène d’une part, et parc d’attraction de l’autre. Manèges et musées, montagnes russes et reconstitutions d’habitations aborigènes s’y côtoyaient sans logique apparente, et c’est à se demander qui (à part nous) pouvait bien être intéressé par deux activités aussi sans rapport l’une avec l’autre.

A en juger par la quantité de touristes, plein de monde.







Conclusion

Bon malgré mon discours trèèès légèrement biaisé, n’allez pas penser que je trouve Taiwan supérieur à la Chine continentale en tout point. C’est bien aussi de pouvoir se comporter en gros rustre impoli parce que tout le monde autour de toi en est un.

Par ailleurs, lors de mon séjour, leur accent sifflotant m’horripilait au plus haut point. Les Taïwanais ne font pas trop la distinction entre sh et s, zh et z, bref ils assimilent des sons complètement différents, c’est scandaleux ! Mais avec du recul j’ai réalisé que ça restait quand même plus facile à comprendre et plus doux à l’oreille que l’horrible « r » pékinois.

Toutefois, l’élément qui a sans doute fait pencher la balance en faveur de Taiwan, c’est cette vision magique qui m’a été offerte lors d’une promenade :


Là, forcément, avec cette créature d’une divine majestuosité, Taiwan a trouvé une place dans mon cœur pour toujours.

A la prochaine fois, pour Hong-Kong :)

mardi 30 juillet 2013

Fall Semester : synthèse

Introduction en ré majeur sur le thème « je suis en retard » (tempo : à la bourre)
(on connait la musique depuis le temps)

Je suis déjà rentré de Chine mais des problèmes informatiques ont grandement retardé la parution de cet article de synthèse (genre, le disque dur externe qui grille au moment précis où je comptais poster - à croire que quand ce n'est pas ma flemme, c'est le destin qui m'empêche d'alimenter ce blog) . De synthèse, oui, car mon but aujourd'hui est d'avancer à grand pas dans le récit, parce que bon, en vrai, mon année, elle est finie, et moi j'en suis toujours à raconter la rentrée. Alors sans plus attendre :

(ndlr : cet article ayant été rédigé il y a environ un mois, je parle au présent, mais en vrai, je suis bel et bien déjà en France).

Mes camarades du semestre 1

Bon, faut que je fasse attention à ce que j’écris, on sait jamais, ils pourraient me lire.

Nous étions 12 en jour favorable et à l’heure de pointe, mais plutôt 9 en général.

En effet, 2 étudiants appartenaient à un autre niveau et n’assistaient qu’à notre cours de speaking (si vous vous rappelez encore de mes commentaires sur les profs, cette présence « sélective » est tout à fait compréhensible).

Un autre, lui, nous avait rejoint à mi-semestre en mode touriste, histoire d’avoir un visa je suppose. « Naaaa but I learn so much more with my tutor than during classes », assurait ce californien quand il venait effectivement en cours, c’est-à-dire une fois tous les jamais et à condition que la météo soit bonne, en admettant que le jour du mois soit un nombre impair ou finissant par 4, et pourvu que l’alignement de Saturne, du Soleil et de son nombril soit satisfaisant.

Parmi les étudiants réguliers, ma classe comptait des nationalités originales comme un Grec-Australien, ou encore un Tibétain-Américain surveillé de loin par le Parti Communiste des fois qu’il fasse des conneries (genre défendre les Droits de l’Homme), et grâce à qui j’ai eu l’honneur de danser (avec la grâce et l’assurance d’un chameau unijambiste) des danses traditionnelles tibétaines ou encore me briser les dents sur du yak jerky (je déconseille).

N’oublions pas mon voisin de table Néerlandais qui se refusait d’apprendre à écrire manuscritement les caractères sous prétexte que l’ère du clavier l’en dispensait, mais qui était en revanche extrêmement assidu dans l’apprentissage des gros mots et autres expressions douteuses, dont il prenait soin de vérifier l’exactitude auprès des profs un peu gênés. Exemple : une façon très sympatoche et assez répandue de dire « cool, awesome » en chinois est 牛屄, qui peut se traduire en français par un très gracieux « vagin de vache » (précisons que pour taper ce mot d’une sophistication infinie, je viens de parcourir 15 pages d’homonymes, vu que mon ordinateur avait planqué le caractère « vagin » le plus loin possible de mes chastes yeux).

N’omettons pas non plus la bouseuse de Bretonne (c’est là qu’on va voir si elle me lit), prétendue grande buveuse quand en réalité n’importe quel autre Français peut la battre à plate couture (si jamais elle me lit, je ne donne pas cher de ma peau). A chaque interclasse, je profitais de sa pause clope pour dessiner sur ses cahiers des baguettes de pain et des bonshommes moustachus et bérettés sur fond de tour Eiffel, histoire de contrarier ses pseudo-convictions indépendantistes. Mais bon, en dépit de ses origines malheureuses, on l’aime bien quand même la petite.

Un Philippin, ou plutôt devrais-je dire « un des 40 milliards et demi de Philippins que compte Tsinghua ». Ils sont venus en masse, ils sont tous d’origine chinoise (« huayi » en mandarin), leurs parents sont tous chefs d’entreprise, et je caricature un peu. Paresseux en temps normal mais pris d’hyperactivité quand il s’agit de préparer le HSK (équivalent chinois du TOEFL), il a toujours des bons plans sorties ou bouffe et c’est le pro des voyages à thématique 90% gastronomique. On gagne vraiment à le connaître, et notre estomac aussi. La communauté philippine peut être assez imperméable et sectaire parfois, mais il fait partie des Philippins qui t’invitent à leurs évènements, et qui, quand tu réponds que tu serais un intrus et que tu ne parles pas Tagalog, te rétorquent « mais si, tu es Philippin ! » (en essayant de jouer sur ma schizophrénie, mais je sais très bien que mon autre moi vient du Turkménistan oriental).

L’Américain à côté duquel je m’étais assis le tout premier jour de cours (souvenez-vous, c’était dans mon article d’il y a 4 mois), super sympa, plein d’humour et tellement cool qu’à 30 ans il a pas encore vraiment décidé ce qu’il va faire de sa vie, mis à part la passer en Chine. Il prétend parfois être 白福美 (« blanche-riche-belle », expression à la mode pour désigner la femme idéale), parce qu’en lieu et place d’être (belle) il est 美国人 (américain). (Pour info, la version masculine est 高福帅 aka « grand-riche-beau ». Vous en déduirez donc qu’en Chine, les femmes se doivent d’être blanches, et les hommes grands). Idem, il assurait être un 美人鱼 (« belle personne-poisson », c’est-à-dire sirène, être mythique qu’il lui arrive de mimer pour prouver ses affirmations. Je crains malheureusement qu’il confonde sirène et poisson rouge.)

Enfin viennent mes deux meilleurs amis du semestre précédent, à savoir le Coréen et le Japonais de ma classe.
Le Coréen, plein d'humour, le genre à être ami avec tout le monde, on lui donne 18 ans alors qu'il en a 30.
Le Japonais, personne discrète voire secrète. Après un an à le côtoyer, je ne sais toujours pas comment le décrire. Ses pensées restent une énigme pour moi. Mais bon, il est cool quand même. Je suppose.
Une chose est sûre : nous avions pour objectif commun de progresser. Plutôt que de rester avec nos compatriotes comme beaucoup de gens le font, nous avons préféré former un petit groupe cosmopolite et apprendre les uns des autres. Et bien évidemment apprendre de la Chine, avec une résolution à toute épreuve. Il nous est arrivé de débattre entre nous et de faire des sondages auprès de tout notre entourage chinois, et ce pendant plusieurs heures d'affilée, pour élucider la différence entre deux mots de mandarin.

Il faut savoir que j’ai eu trois étapes sociales lors de mon premier semestre.
1 : reclus dans ma chambre, à me nourrir de nouilles instantanées matin, midi et soir.
2 : reclus dans ma chambre, à cuisiner moi-même mes repas après avoir fait une overdose de nouilles instantanées, et suivi l’exemple alimentaire de notre chère camarade Bretonne.
3 : à passer l’extrême majorité de mon temps libre avec le Coréen et le Japonais, à étudier ou à discuter en chinois.

Voilà comment se sont déroulées 99% de mes journées lors du semestre d’automne.


Mon emploi du temps


8:50

Lever pour profiter de l’eau chaude qui s’arrête à 9h et des brouettes.

J’ai écrit un poème sur l’eau chaude.

Ode à l’eau chaude
« Ô eau chaude,
Toi qui chaque matin
A mon sommeil met fin
Je te hais. »



Jusqu’à 13:00

Révisions et devoirs à la dernière minute, jusqu’au déjeuner que je cuisinais dans ma chambre (en faisant tout bouillir ou cuire à la vapeur. Je n’ai jamais osé acheter que du riz, des pâtes, des œufs et des légumes, mais je suis à peu près certain qu’armé de tels ustensiles de cuisine, je suis capable d’enlever toute saveur à n’importe quel aliment à ma disposition.).




13:00

Les cours...

难不难 ?



16:40

Cantine dès la sortie des cours, avec mes camarades nippon et coréen. Le dîner à l’heure chinoise remplaça mon sacro-saint goûter, ce qui fut une tragédie personnelle, d’autant plus que les Chinois ne comprennent pas vraiment le concept du dessert.




17:30

Etudiage intensif à Paradiso, café situé dans mon immeuble. Ce qui rapprochait les membres de notre trio, c’était le sérieux et la volonté de progresser. Comme eux deux ne parlaient pas anglais, on ne pouvait communiquer qu’en mandarin (au début, je switchais à la langue de Shakespeare pour expliquer des choses compliquées, mais devant leurs hochements de tête « oui oui j’ai rien capté mais je fais semblant d’avoir compris oui oui », j’ai vite arrêté). Forcément, nos compétences linguistiques ont décollé.

Puisque nous venions tous les jours au café, et ce jusqu’à la fermeture de 23h, nous sommes vite devenus amis avec les serveuses, trois petites chinoises toute gentilles qui nous ont beaucoup aidé, avec qui nous avons pu pratiquer le chinois et qui nous ont gavé de thé à la chrysanthème et de sandwichs à l’âne. J’ai mis plus de temps à m’y faire que les autres, parce qu’au début je ne comprenais tout simplement rien de ce qu’elles racontaient et m’en trouvais bien embarrassé, mais aujourd’hui elles font véritablement partie de mes meilleurs amis à Beijing.



23:00

Le snack de minuit à 东北门, la porte nord-est de l’université, à deux pas de nos appartements. Parce que forcément quand on dîne à 17h, on crève de faim quand il est l’heure d’aller se coucher. Des barbecues ambulants et très très probablement illégaux viennent s’installer sur le bord de la 4 voies une fois le soir venu. Beaucoup d’étudiants viennent y manger du 麻辣烫 (sorte de potage épicé dans lequel baignent diverses brochettes) ou simplement des brochettes grillées (certains assurent que les brochettes de mouton sont en réalité à base de viande de rat pour réduire les coûts. Et bien si c’est vrai, le rat, c’est délicieux).


Conclusion

Ce semestre s’est donc déroulé paisiblement, sans à-coups, à peine entrecoupé de quelques évènements divers et variés tels que : des visites de Pékin, les vacances, les fêtes de fin d’année les plus lamentables de ma vie (en dépit de la prof de speaking qui s’est pointée en cours déguisée en Mère Noël sous son manteau), et puis tiens, ne l’oublions pas, le concours de discours.

Début de la parenthèse.

Chaque année, en décembre, les professeurs de mon programme organisent un concours de discours, et encouragent les étudiants à y participer. Notre prof de speaking était chargée de motiver et d’encadrer notre classe, et c’est ainsi qu’à force de harcèlement, notre minuscule classe a fini par représenter à elle seule plus du tiers des participants.

Bien évidemment, j’ai attendu la veille pour préparer mon discours, et ne l’ai fait qu’à contrecœur. Le seul sujet que j’avais pu trouver était le pain. Parce que les asiatiques ne saisissent pas trop le concept, le Coréen et le Japonais avaient même osé me soutenir que les croissants, les tartes aux fraises et la pâte à pizza faisaient tous partie de cette belle et grande famille du pain. Le point central de mon discours était Paris Baguette, une chaîne de boulangerie coréenne qui n’est même pas capable de faire la différence entre pain et brioche (genre ils font des fougasses avec de la brioche, nan mais allô quoi !). Leur baguette, qui se veut authentique voire à la limite du « luxury good », tu vois, est au mieux une baguette de supermarché. Bref, le gag principal de mon discours était de dire qu’on trouvait de telles baguettes en France aussi, mais qu’il fallait chercher à des endroits bien spécifiques, parce que généralement, les baguettes comme ça, on les fout à la poubelle.

C’est alors que je terminais mon brouillon que j’ai écouté mon ami coréen répéter son discours dans le plus pur esprit chinois (puisqu’écrit par sa copine chinoise), à savoir : « vénérables professeur, respectés camarades, je m’appelle Ching Chang Chong et je vais vous lécher les bottes pendant un quart d’heure » (oui c’est cliché mais ça repose sur un très très maigre fond de vérité).

Autant vous dire que j’ai été pris d’une crise de panique à la veille de mon discours en réalisant que j’allais me faire jeter des tomates pourries à la figure en raison de mon impertinence de petit con d’occidental qui se prend pour le Dieu du Pain.

J’ai donc fait de mon mieux pour arranger mon discours à grands coups de « nan mais j’rigole hein, la cuisine chinoise ça déchire tellement que je vais être en manque quand je vais rentrer en France » et autres bêtises.
Après ma performance, soulagé et, contre toute attente, encore en vie (les chinois n’ayant étonnamment pas décidé de me tabasser à mort), j’étais tout à fait satisfait de m’en être tiré sans avoir offensé la foule de spectateurs. Je ne m’attendais donc vraiment pas à faire partie du podium. Mon ami Coréen placé premier, le Japonais et moi tous deux troisièmes, notre trio occupait 50% des 6 places gagnantes et c’est ainsi que notre prof de Speaking a reçu un gros chèque cadeau pour la surreprésentation numérique de notre classe dans le concours.

De mon côté j’ai eu un pot à crayon Tsinghua qui a avantageusement remplacé le fond de bouteille en plastique tout mal découpé dont je me servais jusque là.

Fin de la parenthèse.



Forcément, étant l’être le plus routinier au monde, je me suis bien vite habitué à ce quotidien confortable, et c’est donc avec le désespoir le plus profond que j’ai abordé la fin du semestre, car mon ami coréen se barrait (le traître, tout ça pour finir l’université, se marier et trouver un boulot, enfin bon, que des détails mineurs et superflus quoi).

Parenthèse : j’étais pas non plus supposé rester à la base, mais j’expliquerai pourquoi je ne suis finalement pas parti à Shanghai dans le prochain article.

Les examens finaux sont arrivés, avec sans surprise une tête de classe constituée de notre trio franco-coréo-nippon tellement qu’on était trop des boss tavu, et tellement qu’on bossait à mort notre race aussi faut avouer.

N’oublions pas de noter la performance du nouveau prof de listening, qui s’est pointé 20 minutes en retard le jour de l’examen et n’avait pas un QI assez élevé pour se servir du radio K-7 (il a donc dû sortir de la salle de classe, paniqué, pour demander comment faire, et au final n’a quand même pas respecté les procédures habituelles des tests de listening, histoire de bien pousser l’incompétence jusqu’à son paroxysme).

La veille du dernier examen, celui de speaking, nous avons organisé une « farewell party » en l’honneur du Coréen au Paradiso Café, dont les serveuses nous ont gentiment ouvert les portes après la fermeture de 23h.
C’est donc après une nuit quasiment blanche que certains d’entre nous ont passé leur entretien de speaking affublés de moustaches/pitites fleurs dessinées au stylo sur le visage (vu que j’avais défié tout le monde de ne pas se les effacer pour l’examen).

Quant à moi, j’ai pioché le sujet « mes zamis à Beijing », sur lequel j’ai dû parler pendant 5 minutes en utilisant certains mots de vocabulaire ou certaines structures grammaticales. Et donc je commence à raconter ma life et tout, à chanter les louanges de mon super trio tout en regrettant que l’un d’entre nous s’en aille, jusqu’à ce que pour caser l’expression « ressembler à, être comme », je dise que le japonais et le coréen sont comme mes grands frères. Et là d’un seul coup il y a des ninjas qui viennent me couper des oignons sous le nez, mes yeux deviennent tous mouillés à cause de mon allergie aux ninjas, ma voix tremblote pendant quelques phrases et rapidement je ne trouve tout simplement plus mes mots. La prof me congédie donc en mode « ooooo… kaaaaay… ça va suffire je pense, SUIVANT !!! ».

C'est dingue, mais quand on est loin de chez soi, de sa famille et de ses amis, on s’attache forcément très vite, et des gens avec qui on n’aurait peut-être même pas été amis dans notre pays deviennent très rapidement comme une deuxième famille.

Après ce fail des plus embarrassants, je m’attendais à une note catastrophique en speaking, mais l’examen à peine terminé, nous nous sommes retrouvés pour un déjeuner de classe où la prof (invitée comme toujours), a lâché l’information selon laquelle j’avais reçu la meilleure note de la classe.

Faut croire que moi et mon mélodrame avons été touchants.

Le soir même, nous avons accompagné le Coréen à l’aéroport, et le lendemain, c’était les vacances, je n’avais plus rien à faire, mes journées et le campus semblaient vides.

Et pis je suis parti à Taiwan pour les vacances :)

mardi 9 avril 2013

Mes profs (fall semester) - part 2

Je ne commenterai pas le fait que cet article ait été écrit dans son intégralité il y a environ 2 mois, et que mon énorme retard est entièrement dû à ma tendance à repousser chaque jour un peu plus la date à laquelle je dois finir de l'illustrer et de le mettre en forme.

Après ce non-commentaire, poursuivons.








La prof de listening est la raison qui m’a fait rester dans ma classe au début du semestre, grâce à ses cours ou l’ennui n’avait tout simplement pas sa place. Si les exercices audio du livre étaient plutôt bons en eux-mêmes - malgré le concert de grésillements du CD - c’était bien elle qui donnait tout leur intérêt aux cours en occupant la quasi-totalité du temps de classe à parler au rythme de 10 mots/seconde. Chacune de ses leçons était passionnante et je n’ai probablement jamais été aussi attentif en cours de toute ma vie.

Mais voilà, à force de voir grossir et grossir cette jeune enseignante pourtant très soucieuse de son apparence, il a fallu se rendre à l’évidence : tôt ou tard, elle allait nous plaquer pour un maudit BAMBIN.

C’est ainsi qu’un peu plus d’un mois avant la fin des cours, elle fut remplacé par un jeune prof pas encore diplômé, tout droit sorti de la cambrousse du Shandong, comme il nous l’a longuement exposé lors de son premier cours, à grand renfort de photos qu’il avait prises des champs de céréales de son village natal, ainsi que des patates de son jardin potager.

C’est là que l’horreur a commencé. L’horreeeeeuuuuur !

Bon déjà, crime impardonnable, il n’arrêtait pas de me réprimander dès que j’ouvrais la bouche (du genre : « tu as pris mon stylo par erre… » « TIANXIANG Y FAUT PAS PARLER *clapement de mains* »). Pourquoi parlerais-je, me direz-vous ? Pourquoi parlerais-je, moi qui, autrefois, répondais sèchement « chut » à mon voisin dès qu’il m’adressait la parole pour ne pas perdre une miette de ce que disait la prof précédente ? Parce que le cours de ce nouveau professeur était MINABLE. MinaaaâAaahaable.

Je vous ai fait un petit tableau comparatif des méthodes utilisées par les deux enseignants.


Je conclurai en vous annonçant que j’ai trouvé un portrait de lui sur le web :

C’est donc très déçu que j’ai terminé mon semestre avec non plus 2 mais 1 seul bon cours sur 3. Et ce cours est le cours de…




Cette prof en revanche n’a fait que monter dans mon estime. Moi qui la trouvais au départ peu pédagogue (me fixant sur le fait qu’elle nous faisait prononcer en chœur nos réponses individuelles, forcément différentes les unes des autres, ce qui finissait souvent en eau de boudin tintamarresque), elle s’est en réalité avérée être une des meilleures profs que j’ai connues.

Agée d’à peine 23 ans (donc en dessous de la moyenne d’âge de la classe), elle a commencé, à partir de la seconde moitié du semestre, à venir jouer aux cartes ou au badminton avec nous, ainsi qu’à nous accompagner aux dîners de classe (fêtant même le nouvel an avec nous), et ce jusque dans les karaokés et dans les bars - ce qui suffisait largement à s’attirer la sympathie de la plupart de mes camarades. Mais là où je trouve qu’elle faisait très fort c’est que malgré cette proximité avec les étudiants, elle parvenait à maintenir toute notre attention pendant les cours grâce à ses méthodes d’enseignement irréprochables d’une part, et grâce à son humour et son dynamisme d’autre part.

Explications claires, exercices variés, mise en pratique permanente, tout était réuni pour rendre ses cours efficaces et intéressants.

Au lieu de demander « quiiiiii veut répondre, quiiiii ? » à l’instar de Professeur Vieille, elle nous désignait, ce qui en d’autres conditions auraient été un acte punitif d’une HORRIBLE cruauté, mais ne l’était pas parce que :

- Ses questions reprenaient le vocabulaire étudié mais portaient quasi-exclusivement sur les passionnants êtres humains que nous étions - surtout moi - et étaient donc relativement faciles à répondre puisqu’il suffisait de raconter sa vie au lieu de zieuter bêtement un texte à la recherche d’une phrase. Astuce qui lui permettait d’ailleurs de mieux nous connaître (et deux mois plus tard elle se souvenait toujours de nos réponses, par exemple du nom de notre animal de compagnie quand on avait 4 ans ou de notre goût pour le maïs cuit au BBQ*).

*exemples non véridiques

- Même si elle interrogeait les élèves à parts égales pour que chacun ait sa dose d’entraînement oral, elle nous scrutait de ses yeux lunettés de lynx myope pour repérer ceux qui avaient envie de répondre. Elle nous connaissait suffisamment pour détecter d’un simple échange de regard si nous avions quelque chose d’intéressant à dire (ou alors c’était un pur hasard à chaque fois mais comme elle est cool je lui prête volontiers ce superpouvoir).

- Quand on ne savait pas quoi répondre, quand notre chinois approximatif nous faisait dire des énormités ou quand on était tout simplement à côté de la plaque, elle trouvait toujours une blague pour faire rire la classe et épargner notre honneur avant de passer à quelqu’un d’autre.

En plus des cours habituels et des travaux de groupes ponctuels, nous avions parfois des exposés à faire ou encore des devoirs du type « allez interviewer un vendeur de vélos ».

Elle était tellement cool que lors de l’exposé « sondage de 5 chinois sur leurs passe-temps », n’ayant interrogé que 4 personnes, je n’ai pas hésite à sortir ce slide :


J’ai présenté ce 5e personnage comme « mon ami imaginaire », répondant au doux nom de « riche grenouille pigeon-rrrr ah » (transcription phonétique maison de « foie gras »), qui n’a pas de temps libre parce que son métier d’éleveur de chameau l’occupe 7 jours sur 7. Malheureusement personne n'a compris la blague.

Bref, c’était un véritable cours de speaking dans la mesure où on pratiquait constamment et sans crainte ; c’était notre alliée et c’est vers elle que nous nous dirigions pour écarter le flou laissé par Professeur Vieille dans les leçons de General Chinese. D'ailleurs, niveau flou, Professeur Vieille était presque une spécialiste mondiale, et notre prof de speaking bien-aimée avait fort à faire... Un peu comme dans Les Experts : Miami, quand ils doivent zoomer à 2360% pour distinguer le reflet du criminel dans la photo du bouton de manchette de la victime.

Et même si c'était notre amie, nous la respections beaucoup - sauf peut-être mon voisin de cours en rut qui multipliait les tentatives de drague toutes plus nulles les unes que les autres, et qui ne récoltait que les rires de la classe à chaque fois qu’il se faisait rembarrer par une vanne bien sentie.

Comme beaucoup de jeunes Chinois, son ambition est de quitter la Chine (phénomène intéressant par ailleurs), et elle est en bonne voie puisque l'an prochain, elle ira enseigner le mandarin dans le Michigan au sein du Confucius Institute. C'est tout ce qu'elle mérite : la réalisation de son rêve d'expatriation d'une part (parce qu'en tant que prof elle déchire sa race tavu), et l'exil au fin fond de la cambrousse américaine d'autre part (parce qu'aujourd'hui elle trouve des excuses pour ne pas revoir ceux d'entre nous qui sont restés au deuxième semestre).

Conclusion : n'ai-je pas pris suffisamment de retard ? Faut-il EN PLUS que je prenne le temps d'écrire une conclusion ? Je refuse.

mercredi 13 mars 2013

Mes profs (fall semester) - part 1


Bon… Le deuxième semestre commence déjà et j’ai à peine commencé à parler du premier… Que faire, réfléchissons…


Et bien oui, l’avantage c’est que je peux maintenant résumer dans cet article tout ce que j’ai eu à dire au fil du semestre précédent sur mes cours et mes professeurs, et conclure intelligemment avec tout le recul accumulé ! Qu’est-ce que je suis malin dis donc !

Comme je l’ai dit, une fois le nombre de mes camarades réduits à 8, j’ai un peu pris peur. D’abord parce que 8 c’est peu, mais aussi parce qu’après avoir étudié le chinois pendant trois ans au lycée, j’avais l’impression d’avoir un peu d’avance (genre trois ans quoi) sur le reste de la classe, qui pour la plupart n’avait jamais assisté à de véritables cours de chinois. Or ma théorie était la suivante : « pour être tiré vers l’avant, mieux vaut être dans une classe de haut niveau, quitte à être attaché par les pieds et traîné à terre par la tête du troupeau ».

Bien que mes camarades n’aient pas mis bien longtemps à me rattraper, niveau challenge, ça allait. Disons que mes notes dans chacune des matières ont été respectivement de 98%, 98% et 98%. Ce qui n’empêche pas que j’ai appris énormément de choses. En fait, ma réussite s’explique essentiellement par la méthode de travail EX-EM-PEU-LAIREUH que j’ai mise en place (oui je me la pète parce que contrairement à l’année dernière elle ne consiste pas à faire des pauses d’un quart d’heure entre chaque minute de travail).

Bon je n’ai rien inventé hein, je n’ai fait qu’utiliser un spaced repetition software qui répond au doux nom d’Anki.

Mais qu’est-ce qu’un spèïsse de répéticheune soafetouère, me demandez-vous ?

Et bien c’est un logiciel qui repose sur le principe scientifique prouvé selon lequel pour retenir une chose il faut la rabâcher jusqu’à ce qu’elle nous sorte par les yeux. Mais là où Anki devient génial c’est qu’il propose un rabâchage intelligent.

Voici comment se présente le logiciel.

Il te montre une « carte » avec par exemple un caractère chinois, ou un mot anglais à traduire, et ne donne la réponse que lorsqu’on appuie sur un bouton.

Mais en fonction de la difficulté qu’on éprouve à répondre, on peut appuyer sur plusieurs boutons qui ont les significations suivante :

Mais c’est trop izi loool ! -> Révision dans 4 mois.

Mais c’est trop izi ! ... Attends j’réfléchis… Mais vazy AT-TAN j’te dis, j’y suis presque, tu m’Ankiquines à la fin ! C’est bon j’ai trouvé… -> Révision dans 1 semaine.

AAaaarhh nooon pas encore, mais c’est quoi ce mot ?! Tuez-mooOôiiiii… -> Révision dans 5 minutes, et encore dans 5 minutes, et encore, et encore, jusqu’à mémorisation du mot ou internement en hôpital psychiatrique.

En appliquant cette méthode d'intervalles à durées variables, au moment où ton cerveau s’apprête à oublier quelque chose, BAM tu le choppes en flagrant délit et tu lui hurles dessus « non non, tu retiens ! », ce qui s’avère plutôt efficace (haha, ça lui apprendra, non mais).

En revanche c’est un chouya rébarbatif et puis surtout, il faut bien passer une petite heure par jour à rentrer manuellement dans le logiciel tous les mots appris en cours.

Car ne l’oublions pas, je n’ai pas passé mon semestre à étudier en ermite dans ma grotte, j’ai bel et bien eu des cours qu’il convient maintenant de décrire.

Il faut savoir que les cours de chinois, d’après mon expérience, suivent tous un même modèle extrêmement standardisé : apprentissage du nouveau vocabulaire, lecture à haute voix du texte (en chœur comme des robots - c’est un peu la version vocale de la marche au pas), puis étude de la grammaire. Ensuite, les professeurs sont largement responsables de l’intérêt du cours, par la clarté de leurs explications, par la qualité de leurs supports de cours, et par les exercices et contrôles de connaissances qu’ils mettent en place.

Par exemple, la première prof que je vais vous décrire plus en profondeur, était, sur l’intégralité de ces points, nulle à chier.



S’il y a bien une prof sur laquelle mon opinion est restée à peu près constante au cours du semestre, c’est la prof de General Chinese. Cette chère Lu Laoshi (Professeur Lu), très vite surnommée Lao Laoshi (Professeur Vieille) par l’ensemble de ma classe, n’aura évolué qu’imperceptiblement dans mon estime, passant de « nulle » à « franchement nulle ».

Elle n’a pourtant pas fait preuve de l’autoritarisme dont je la soupçonnais au début, mais au contraire de méthodes pédagogiques vieillies et aussi inutiles à son autorité que le sont des ailes à l’envol d’une autruche.

Déjà, ne sachant pas expliquer, elle ne le faisait tout simplement pas, ce qui étant un tantinet problématique vu son métier. Son seul ressort était ses exemples, tous plus inutiles les uns que les autres puisqu’au lieu de développer ou de paraphraser leur sens à l’aide de synonymes, elle les déclinait à l’infini, du genre :

« J’ai *mot mystère* manger cette pomme. J’ai *mot mystère* boire cette bouteille. J’ai *mot mystère* lire ce livre. J’ai… »

Au final on ne savait toujours pas si le mot mystère voulait dire « fini de », « prévu de » ou « unilatéralement et anticonstitutionnellement prohibé sous peine de mort de », et on en était réduit à chercher dans le dictionnaire.

Précisons aussi qu’elle nous sortait toujours des exemples dénotant aussi bien sa niaiserie que son manque d’imagination (soit dit en passant, le dessin de la note précédente est 100% véridique, nous avons effectivement étudié ce mot et cette phrase précise lors du premier cours). Par exemple, chaque fois qu’elle voulait illustrer le point de grammaire « non seulement… mais aussi… », elle prenait la pose de Hamlet contemplant son crâne et déclamait : une pomme, on peut non seulement la manger mais aussi la REGARDER. Voilà. Donc pensez bien à admirer votre en-cas la prochaine fois que vous en croquerez une au goûter, sinon vous gaspillez inutilement une des deux fonctions premières de ce fruit merveilleux.

Il faut dire qu’elle n’était pas aidée par le manuel, incontestablement le moins bon des trois que nous utilisions. Il nous a quand même fallu apprendre le mot « poupée en forme de poisson », qui ne peut sans doute décrire qu’une seule chose au monde, donc voilà, si vous trouvez du vocabulaire plus inutile que ça faites-moi signe.


Une des mascottes des JO Beijing 2008, et accessoirement seule et unique application possible du mot "poupée en forme de poisson"

Plus intolérable encore était sa manie de poser des questions sans intérêt aucun, du type « il suffit de lire la phrase correspondante dans le texte». Elle tendait alors niaisement la main vers la classe en demandant dans le vide pendant 1 min 30 « qui peut répondre ? quiiiii ? ». Comme bien sûr personne ne voulait faire l’effort de réagir, elle en était contrainte à prendre des mesures désespérées comme :


1. M’interroger moi parce que mon gogol de voisin me pointait du doigt, hilare, en mode « lui ! lui ! Tianxiang il veut répondre ! »

2. nous poser la question immédiatement après que la classe ait lu la phrase correspondante dans le texte.

Exemple :

Nous : « Aujourd’hui Mali a invité Dawei au musée des Beaux Arts. Dawei aime le dessin parce que c’est joli. Il… »
Elle : « Ma question est : pourquoi Dawei aime-t-il le dessin ? »
Nous : « Da-wei ai-me le des-sin par-ce que c’est jo-li »
Elle : « Très bieeeen ! »

Comme si cela ne suffisait pas, elle s’acharnait à nous faire discuter par petits groupe de deux ou trois certaines questions - toujours dénuées d’intérêt - et en particulier sa célèbre interrogation 难不难, prononcée « n’âne pou n’ââââââne ?? », et qui signifie « c’est dur ou paaas ? ». En gros, après chaque exercice, on devait se demander : « alors, c’est dur ??? Ou pas ??? ». J’ai au fil du temps développé la théorie suivante : son anglais pourri et sa pédagogie médiocre l’empêchant d’expliquer quelque point de grammaire que ce soit par elle-même, elle nous faisait discuter de cette question pour que nous puissions éclaircir nos doutes entre nous. En cours, il nous arrivait effectivement que nous finissions par la couper pour expliquer en anglais à un camarade en difficulté une nuance de langage qui lui échappait, ce à quoi elle ne pouvait répondre que par « merci », ce qui est quand même le comble de l’impuissance, et me pousse à questionner le bienfondé de son choix de carrière.

Je dis ça sans méchanceté, car elle était dans le fond bien gentille. A Noël, elle était venue enroulée dans une écharpe bicolore rouge-bleue hideuse avec des petits rennes (peut-être tricotée par ses soins), et nous avait chanté une chanson chinoise – sans oublier de mimer les paroles en mode « je regarde au loin » ou encore « je m’envole ». Je ne lui souhaite donc qu’une chose : une retraite heureuse, mais prochaine.



J'avoue que j'ai un peu exagéré avec le double menton, mais c'est par pure vengeance. Quand je l'ai recroisée la semaine dernière, et même si nous nous bloquions le passage mutuellement, elle a fait semblant de ne pas me voir. Alors même qu'elle a offert des chocolats à mon ami japonais du semestre précédent.


Il a toujours été son chouchou de toute façon. Sans doute depuis le jour où l'intégralité de la classe a décidé de sécher et s'est éclipsée après le cours de speaking, à l'exception de ce bon vieux camarade nippon qui a eu droit à un cours en tête à tête - quel veinard dis donc.

Les autres professeurs feront l'objet du prochain article !

jeudi 21 février 2013

Le début des cours

Voilà comment cet article était supposé commencer :


C’est dans l’urgence la plus absolue que j’écris cette article, tout simplement… parce qu’il… faut… que… je poste… avant la fin du mois de janvier. Histoire de redépasser la barre des 2 articles par mois. J’en viens sérieusement à me demander si je ne me dopais pas en octobre. 7 articles ? Vraiment ?


Comme vous pouvez le constater, j’ai échoué ultralamentablement. Ce qui démontre bien quelque chose :

NON PAS le fait que je sois une grosse flemmasse (m’enfin !) MAIS BIEN le fait que chacun de mes articles demande énormément de travail. Vous croyez que je fais naturellement preuve d’humour ? Mais enfin, en vrai vous savez bien je suis ennuyeux à pleurer. Il me faut des semaines de brainstorming, des jours entiers de réécritures successives et plusieurs heures de dessin pour arriver à vous fournir cinq minutes de lecture ! C’est le prix à payer pour pondre des articles dignes de vos yeux quasi-divins (et surtout parce que si la qualité de ce que j'écris était ne serait-ce que deux fois moins élevée, la plupart d’entre vous ne viendraient jamais me lire, je vous connais !).

Bref, reprenons notre merveilleuse histoire.

Le lundi 10 septembre à l’aube (oui, je raconte le 10 septembre, je sais que je suis en retard ok ?), je suis supposé pouvoir me connecter sur l’intranet de Tsinghua afin de consulter mes résultats et connaître ma classe !

Il convient de noter qu’à ce moment, je n’ai toujours pas payé l’université. En effet, à cause des plafonds qui me sont imposés, je retire mes frais de scolarité petit à petit et accumule progressivement une liasse de billets digne d’un braqueur de banque. Mais le vendredi où je suis supposé retourner au bureau du pognon, il me manque, disons, 1 billet de 100 RMB, sur les 12 900 RMB que coûte le semestre, ce qui n’est pas frustrant du tout, j’ai simplement envie de donner des coups de hache amicaux à mon pote l’ATM.

Bien sûr, si j’avais une bonne mémoire, je me serais rappelé qu’immédiatement après être arrivé en Chine j’avais planqué un peu d’argent dans ma chambre, et j’aurais donc pu payer quand même. Mais vu que l’état de mon cerveau est approximativement celui d’une truite atteinte d’Alzheimer, je passe tout mon week-end à m’étouffer de rage sur mes nouilles instantanées (oui, encore, il faut bien que j’économise pour pouvoir payer).

Faisant abstraction de ce détail pécuniaire, je me réveille survolté en ce matin de septembre et allume mon ordinateur, qui m’annonce fièrement : « nan mais t’as pas payé mon coco, si tu veux avoir une classe viens nous voir au bureau fissa ! ».

Je file donc au bureau du language program, persuadé qu’on va me renvoyer dans le premier avion pour la France, dans la soute, avec une étiquette « hors-la-loi non-payeur de frais de scolarité » collée sur le front. On m’y annonce en fait qu’il faut juste que j’aille payer si je veux qu’on mette fin au suspense insoutenable qui me tenaille.


Je retire donc les 100 RMB manquants et vais ENFIN remettre ma liasse de gangster à la mégère du bureau du pognon. En revenant au language program, on met fin à la rétention d’information dont je suis l'innocente victime en m’écrivant ma classe sur un bout de papier : Elementary 2 (exactement la case que j'avais cochée, rappelez-vous), classe B, l’après-midi (à Tinsghua on a cours soit le matin de 8 à 11h40, soit l’après-midi de 13 à 16h40, et ce 5 jours par semaine).

Je vais donc.

Enfin.

Parler de mes profs.









En Elementary 2, on a 3 cours : listening, speaking, et general chinese.





Mon premier cours est listening. Je m’assois gentiment à côté d’un Américain sympa, attends sagement le début du cours et là BAM la prof débarque et se met à nous parler à un rythme quasi-conversationnel, ce qui pour des élèves de notre niveau revient plus ou moins à nous faire imploser les oreilles par surcharge auditive. Malgré tout, une fois passé le choc de départ, et au prix d’une concentration extrême voire surhumaine, je comprends à peu près 70% de ce que l’enseignante dit et me rassure donc.

Mais là, c’est le drame : en guise d’entraînement, nous écoutons un CD infâme dont l’audio est  si indistinct qu’on dirait qu’on a immergé le poste de radio dans un bac d’eau histoire de lui apprendre à nager (pourquoi pas après tout, ça peut servir). Résultat : 3/10 à l’exercice de compréhension. La prof en rajoute en assénant : « si vous connaissez à peu près 70% des mots nouveaux du livre, c’est bien, en dessous il faut descendre d’une classe, au-dessus il faut monter. »

Car oui, enfin non, les classes ne sont pas définitives, nous avons jusqu’au jeudi pour tester différentes classes et choisir celle qui nous ira comme un gant de poisson dans l’eau (il faut juste passer un mini-test si on veut monter de niveau).

Mais à ce stade-là, je me dis que le cours de listening a certes du challenge, mais me laisse une marge de progression. Et je reste dans ma classe.

Le cours de speaking, en revanche, n’est pas du tout pareil !

Ma première impression, c’est que la prof parle très lentement, un peu comme si on était des autruches perturbées, et la leçon me parait beaucoup moins dynamique, malgré les petites blaguounettes de la jeune enseignante. Dans l’ensemble, le cours est bon, mais un doute pernicieux s’installe en moi.





Le mercredi matin, je teste donc sans conviction une autre classe Elementary 2, mais du matin, car je ne veux pas avoir cours l’après-midi (ce n’est pratique pour visiter Beijing, ce qui est un des mes objectifs principaux). Mais le cours s’avère trop facile et peu intéressant.

Je retourne donc dans ma classe d’origine l’après-midi et découvre ma troisième et dernière prof, la prof de general chinese. Et force est de constater qu’elle est assez assortie à sa matière : chiante.

Ses premiers mots sont : "boujour, je m’appelle Professeur Unetelle, alors on a quatre contrôles dans l’année, deux gros et deux petits, notés et coefficientés de la manière suivante…"

Et après nous avoir exposé en détails le déroulement des examens (ainsi que son irrémédiable psychorigidité), elle enchaîne sur un cours/powerpoint qu’elle déballe d’une voix monotone, et qui est sans doute le même depuis dix ans - ou trente ans même, car qui sait depuis combien de millénaires cette dinosauresse enseigne le chinois ?

Cette classe étant aussi quelque peu facile, je décide de poursuivre mes expérimentations classesques le lendemain matin.





Le jeudi, mon égo reboosté me prend donc par la main et m’entraîne avec enthousiasme dans une classe de pre-intermediate, où il est accueilli avec une baffe dans la gueule.

Clairement je ne comprends pas tout et je galère pour lire le manuel, ce qui ne serait pas dramatique en soi si les autres élèves n’avaient pas tous l’air d’être parfaitement à leur aise.

Je retourne donc dans ma classe et décide d’y poser mes fesses définitivement, plus ou moins sûr de mon choix (2 bonnes profs sur 3, me dis-je, c’est pas mal).

Jusqu’à ce que je découvre qu’en ce jeudi 13 septembre 2012, ma classe a été désertée : seuls 8 rescapés ont décidé de rester fidèles. Les autres, qui allaient et venaient d’une classe à l’autre, ont sans doute pris la fuite devant l’ennui mortel que représente la classe de general chinese.

Le problème, c’est qu’à ce moment là, techniquement je peux encore changer, mais vu que je n’ai pas trouvé de classe plus adaptée à mon niveau, je suis plus ou moins condamné à rester où je suis, ce à quoi je réponds en activant mon « mode tragique » (c’est-à-dire que je me déplace partout avec mon petit nuage pluvieux personnel au dessus de la tête et me plains 24h/24).

Il faut reconnaître que huit étudiants c’est peu, c’est vraiment très peu, moi qui rêvais de faire mille rencontres et de me confronter à des horizons différents. Au final le seul horizon que j’ai c’est le tableau de notre salle exiguë, puisqu’on a LA classroom la plus pourrie, avec les fenêtres dans le dos et la vue qui donne sur rien du tout. En bref, à ce moment j’ai l’impression de manquer de pot et je sens que ce semestre va être très différent de ce que j’ai pu imaginer.

Et en effet, il l’a été. Je n’ai pas changé de classe, mais aujourd’hui je réalise que c’est probablement une bonne chose. Je n’y ai effectivement pas rencontré beaucoup de monde, mais j’y ai sans doute rencontré les bonnes personnes.

Ce que j’expliquerai dans les prochains articles !

vendredi 25 janvier 2013

Le Placement Test


Avant de commencer les cours à proprement parler, il faut passer par l’étape du placement test, un simple contrôle supposé évaluer les nouveaux étudiants pour les répartir en classes de niveaux.

J’attendais cette épreuve depuis des mois. Je m’étais promis de réviser mon chinois de manière assidue pendant les vacances d’été. Et malgré mon stage, malgré mon entraînement intensif à l’auto-école, j’ai effectivement et avec toute la bonne volonté du monde fini par ouvrir un manuel de chinois pour réapprendre avec application à dire « bonjouuuuur, je m’aaa-ppelle Dawei ».

Dawei, c’est la transcription phonétique de David. Ouvrez n’importe quel manuel de chinois, N’IMPORTE LEQUEL, et vous verrez que le personnage principal du livre, c’est Dawei. Il est un peu LE spécialiste mondial de l’apprentissage du chinois, et accessoirement une sorte d’inside joke pour les apprenants, tout comme Mali (Mary), qui remplace épisodiquement Dawei pour des questions de parité.

Bref tout ça pour dire que je suis reparti du B-A-BA pour être sûr d’avoir les bases, tout en paniquant parce que zOMG ma deadline approchait et que je n’allais pas être prêt à temps et que j’allais me retrouver dans une classe de niveau négatif etc. etc.

C’est donc tout naturellement que le jour du test, j’avais révisé environ 5% de tout ce que j’avais appris en 3 ans au lycée.

J’arrive cependant dans la salle qui m’a été assignée et m’installe au milieu des asiatiques qui sont occupés à foisonner et à abonder un peu partout et ne me prêtent pas attention (à ce stade j’ai l’impression d’être le seul occidental de tout le programme).

Et là l’épreuve commence.

D’abord, une partie écrite où il faut écrire des caractères à partir de la phonétique ou inversement, répondre à des questions sur un texte, etc. Je fais ce que je peux et trace mes caractères avec mon écriture digne d’un petit chinois de moyenne section de maternelle, qui écrirait avec ses orteils, voire avec ses oreilles.

Ensuite, une partie "compréhension orale" que je décrirai à l’aide d’un exemple :

D’abord, lisez la question suivante :

Quand Dawei a-t-il joué au tennis ?

A. Lundi à 7 : 00
B. Mardi à 7 : 00
C. Lundi à 19 : 00
D. Vendredi à 5 : 00 

Ecoutez maintenant l’enregistrement suivant :

(Et là il est essentiel de préciser que l’enregistrement n’est pas du genre de ceux que j’écoutais au lycée, où ils parlent aussi lentement que s’ils s’adressaient à des pingouins séniles atteints de surdité. Non non, le rythme de cet enregistrement là est quasiment aussi rapide que si tu parlais à un chinois, et il faut savoir que les chinois ne font aucun effort quand ils te parlent, c’est-à-dire que pour eux soit tu es bilingue direct, soit tu ne sais pas parler et tu n’as qu’à rentrer dans ton pays sale laowai !).

Bref revenons à l’enregistrement :

« Mali a joué au tennis le vendredi à 5 : 00. Et Dawei ? Oh, il a joué deux jour avant son arrière-grand tante du côté maternel qui elle-même a joué un jour après Wang Laoshi. Et Wang Laoshi ? Oh, mais il a joué mardi à 7 : 00 bien sûr ! »

S’ensuit une pause de 0,4 secondes qui te laisse à peine le temps de computer tout ce que tu viens d’entendre (bien entendu tu t’es bêtement concentré sur la première phrase, la seule simple à comprendre, mais qui – manque de chance ! – concerne cette sale parvenue de Mali et non pas notre bien-aimé Dawei).

Je réponds donc à environ 20% des questions, en fonction de ce que je comprends mais aussi et surtout suivant le raisonnement suivant :


Au final j’ai eu 0 sur 500 en compréhension orale.

(Soit au-dessous d’un certain seuil ils ne comptabilisent même pas, soit il y avait des points négatifs. Dans tous les cas, vous pouvez vous prosterner devant ma nullité).

Pas que ça soit d’une importance quelconque au final puisqu’entre les deux tests je dois remplir un formulaire pour expliquer combien de temps j’ai étudié le chinois et auto-estimer mon niveau. Dans deux-trois salles bondées sont exposés les manuels utilisés par les différentes classes, et tous les futurs élèves doivent donc se frayer un passage dans la foule pour les consulter à la pause. Après quelques minutes de feuilletage effréné, je reviens à mon formulaire pris d’un grand doute.

Bon, déjà, mettons de côté le fait qu’après 3 ans de chinois je n’atteins même pas les classes « intermediary ».

Mais en plus j’hésite entre elementary 2 (donc juste au dessus des elementary 1, ces gros bouseux de débutants) dont je comprends le livre, ou pre-intermediate dont je ne comprends pas trop trop le livre mais qui est juste mieux côté self-estim.

Après un débat intérieur mouvementé, la mort dans l’âme, alors que le ciel s’assombrit, j’abats tristement mon stylo, comme la lame d’une guillotine, sur la case « elementary 2 », tandis qu’en fond sonore résonnent mille sanglots lointains et un interminable coup de tonnerre (j’essaie de vous mettre dans l’ambiance, c’est pas facile).




Car c’est bien cette case qui allait déterminer le niveau dans lequel j’allais être catapulté…

Le premier qui relève que j’avais promis de raconter le début des cours et que je ne l’ai pas vraiment fait est un méchant ! Oui, UN MECHANT !

lundi 14 janvier 2013

Fourre-tout


Un nouvel article ! Youpi ! C’est la fête !!

Oui mais c’est un article de remplissage.

Je ne vous souhaite d’ailleurs pas une bonne année, car ça ne ferait que souligner le fait que nous sommes en janvier et qu’en suis encore à relater les premiers jours de septembre.

Bon, reprenons : avant le début de cours, j’ai un peu l’impression de m’être catapulté sur une île déserte. Certes, il y a plein de gens, mais c’est des gens chinois. La plupart des étudiants étrangers ont été plus perspicaces que moi et ont compris qu’il ne sert à rien d’arriver plusieurs jours en avance.



Je fais donc très peu de rencontres et reste solitairement prostré dans ma chambre le plus clair de mon temps, branché sur Internet, à manger mes nouilles instantanées devant des séries américaines décérébrantes. J’effectue quand même quotidiennement un raid d’exploration du campus, poussant toujours plus loin les recherches. Quand je sors, j’observe que d’autres allochtones ont débarqué et galèrent comme moi à communiquer avec les Chinois.

Galère est bien le mot ! Prenons comme exemple le jour où je me suis décidé à aller acheter un vélo. Je m’étais préparé psychologiquement à marchander avec une détermination farouche pour obtenir un bon prix, voire à me battre à mort avec les vendeurs s’il le fallait.

Je me pointe donc un beau jour au petit magasin que j’avais repéré. Je demande au couple de propriétaire, dans mon chinois rudimentaire, s’ils ont des vélos à vendre, ce à quoi on me répond : « ouais, celui-là ».
Et là, comme je suis un faible et qu’en plus à l’époque le moindre mot en mandarin m’est difficile, tout s’enchaîne très vite :

« Quel prix ? Ah, OK. Je prends. Cadenas ? Quel prix ? Ah, OK. Je prends. Au revoir. »

(J’espère que vous avez pris note de mes supers techniques de marchandage).

Bien évidemment, comme on est en Chine, après avoir pédalé environ 34 secondes sur ma bicyclette (oui, je suis prêt à ressortir des mots désuets pour ne pas faire de répétitions), le guidon se dévisse à moitié et je suis obligé de le tenir perpendiculairement à la direction dans laquelle je me déplace.

Je retourne donc voir les vélo-tistes qui me réparent le tout en s’excusant, ce qui ne change rien au fait que mon vélo n’a ni panier, ni sonnette, ni vitesses, et qu’il pèse environ 62g tellement qu’il est fait en plastique, voire en mousse.

Depuis, j’ai effectivement fait quelques progrès (et je n’ai pas eu besoin de retourner au magasin ce qui relève du miracle, je dois faire partie du 1% d’élus ou quelque chose comme ça). Des progrès mesurables puisque je peux plus ou moins me faire comprendre, et il m’est même arrivé une fois de marchander des vêtements (le plus dur étant de savoir quel est le prix réel des marchandises chinoises). Désormais, je comprends le prix que m’annoncent les caissières au moins une fois sur deux (pour ma défense, leur articulation est proportionnelle à leur amabilité. Et sur une échelle de 0 à 10, je noterais leur amabilité à disons, hmm, -3).

Mais il y a une catégorie de Chinois avec laquelle toute communication reste impossible (enfin si, elle est possible mais unilatérale : je me fais comprendre mais je ne comprends rien). Une sorte de boss de fin de niveau si vous voulez, quasiment imbattable.

Ce boss, c’est le chauffeur de taxi.



Il faut savoir qu’à Beijing il y a ce qu’on appelle le « 儿化音 », ce que je traduirais à la louche par « accent du  », sachant que ce caractère se prononce comme le « r » américain. Théoriquement, ça veut dire qu’à la fin de certains mots on rajoute un « r ». Une sorte de suffixe qui rend les choses plus euh… sympathique. On va dire ça.

Mais certains Pékinois sont carrément au niveau supérieur, c’est-à-dire qu’ils ont un dialecte complet basé exclusivement sur cette particularité de prononciation. Pour faire clair, ils parviennent à intercaler entre chaque son un bon gros « r », voire à prononcer simultanément « r » et tout autre son de la langue chinoise. Techniquement, ça signifie que les chauffeurs de taxis (et une bonne partie de la population pékinoise) parlent comme s’ils étaient à la fois en train d’aboyer, de manger des caramels mous et de se faire arracher une ou deux molaires.



Voilà la fin de cet article fourre-tout - mais réjouissez-vous : dans le prochain épisode... Le début des cours ! (non non, vous ne rêvez pas, et merci de ranger votre scepticisme !)